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Soutien

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Comme une machine qui consommerait un maximum de pétrole uniquement pour entretenir sa surchauffe, l'intello du dessous consomme un maximum de facultés intellectuelles pour entretenir sa capacité à surmener son cerveau... en pure perte. Un pur produit de la société de surinformation dans laquelle on patauge...

Aujourd'hui j'ai décidé que tout ça allait sortir, et que je ferais connaître à  d'autres cerveaux surmenés et improductifs le chaos de mes pensées. Ca me fend un peu le coeur d'ajouter au flot d'informations inutiles qui circulent sur le net, mais il paraît qu'un être humain doit s'exprimer pour vivre, il paraît qu'il faut partager ses pensées pour qu'elles ne restent pas vaines. Alors bien sûr, cette décision tiendra jusqu'à ce que la somme d'informations que j'ingurgite chaque jour ne submerge la ressource mémoire où est née l'idée de ce blog, mais ne désespérons pas. Peut-être que le Bouddha qui veilla sur mon berceau me donnera la faculté d'entretenir mon jardin...

 

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 02:38

Je vois que ça vous dérange beaucoup de ne pas savoir ce que je pense après 4 mois de collaboration, et donc je vais jouer franc jeu en vous expliquant réellement quelle est ma situation.

Si vous voulez connaître mes convictions profondes, je suis plus proche d'une militante écolo et d'un membre de CHSCT que d'un directeur de site industriel. Pourtant, je sais un peu ce que c'est , en tout cas ce que ça a pu être, puisque mon grand-père dirigeait une fabrique d'huile dans le nord , aujourd'hui disparue, tuée par la concurrence.

J'ai un trou dans mon CV entre 2005 et 2008, car je consacrais le plus clair de mon énergie à faire en sorte , avec Génération Précaire, que la législation sur le stage évolue.

C'est pourquoi j'ai du beaucoup prendre sur moi au moment de faire mon stage chez vous, et je ne pouvais pas vraiment en vouloir à E, stagiaire en même temps que moi, de se révolter qu'on ne lui rembourse même pas intégralement ses frais de transport.

Je trouve injuste qu'on lui ait reproché son manque de sérieux alors qu' elle était juste épuisée de devoir en même temps faire son stage et donner des cours le soir et le week end pour gagner sa vie. Stage pendant lequel, je le rappelle, elle a travaillé sur des analyses essentielles qui relèvent de votre obligation légale de surveiller les risques encourus par votre personnel.

Malgré tout ça, j'ai bien compris que mon rôle, la mission qui m'est confiée, est de vous assister dans la gestion des sujets environnementaux et de sécurité, pour entre autres minimiser les risques de sanctions administratives,  et c'est vraiment ce que je m'attache à faire de mon mieux.

En gros, je suis de votre côté, parce que c'est mon travail, que je mesure les difficultés que vous avez à être assistée par votre hiérarchie dans cette tâche, et qu'à titre personnel je ne vous veux que du bien.

Certes ça m'oblige à des compromis, et ça peut se voir dans mon comportement, et vous pouvez être irritée que je me morde les lèvres de temps en temps sans que vous sachiez ce que je me retiens de dire. Mais je vous assure que je fais de mon mieux depuis le début pour que ça se passe bien et que vous puissiez avoir confiance en moi.

Ce n'est pas parce que sur un  plan plus  global je suis ravie que la loi tente de protéger les gens et l'environnement face aux logiques uniquement financières que je suis ravie de voir que c'est à vous qu'on reproche de ne pas faire ce qu'il faut, alors qu'objectivement votre entreprise ne vous en donne pas les moyens.

Je sais bien que la tendance est à la réduction des effectifs internes et que vous tous, managers et salariés , êtes sous pression. On rationnalise les moyens et on vous enlève des marges de manoeuvres (voir C. et sa Direction des Systèmes d'Information, par exemple).

Je sais faire la part des choses dans tout ça, je vous demande juste de comprendre que la situation n'est pas facile pour moi, obligée de m'impliquer dans un travail que je ne pourrai pas poursuivre parce que ce n'est qu'une mission d'interim.

D'autre part, oui, j'ai des relations difficiles avec les autres, ça me demande beaucoup d'efforts d'être sociable, c'est un gros frein dans tous les aspects de ma vie, j'apprécierais que vous me souteniez au lieu de retourner le couteau dans la plaie en disant que si je ne corrige pas ça fissa, ça sera difficile de trouver du travail. Comme si je ne le savais pas... 

Recevez, Madame, ... 

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 06:56

Je rêve d'une société où tout le monde aurait le droit de vivre. Par le simple fait de faire partie de la société. Une société où on ne se demanderait pas si tu mérites d'avoir un toit ou si tu mérites d'avoir de quoi manger. Une société où le simple fait d'être un être humain donnerait droit à des conditiions de vie dignes. 

Je sais que tous ces droits sont inscrits dans la déclaration universelle des Droits de l'Homme (droits humains, j'aimerais bien), mais aussi dans la constitution française, plus ou moins. Mais je sais aussi que le droit au logement, juste pour prendre un exemple, c'est loin d'être gagné. Surtout quand on en a déjà un, ce qui est souvent le cas des jeunes: "retourne chez tes parents , au lieu de traîner dans la rue ou dans des squats!".J'ai déjà essayé d'expliquer à une conseillère en insertion que pour être capable de trouver un travail, il fallait d'abord m'éloigner d'une mère toxique pour que je me reconstruise une identité. "Vous savez bien que sans CDI on ne trouve pas de logement!". Elle n'avait pas tort bien sûr. Je n'ose pas imaginer la situation d'une femme battue.

Alors quand je me mets à rêver d'une société idéale, je rêve d'un revenu universel. D'un droit inaliénable à avoir de quoi vivre, qu'on soit malade, bien portant, beau, laid, jeune, vieux, fort, faible, petit, grand, valide ou non, sain d'esprit ou non. 

Et comment ferait-on marcher la société si personne n'avait besoin de travailler? En payant en plus les travaux réellement utiles. Les riches seraient les éboueurs, les ouvriers du bâtiment, les agriculteurs, les enseignants, les infirmiers, les travailleurs sociaux,

les policiers. Un peu le  contraire de ce qui se passe actuellement, en somme. 

Aujourd'hui, pour gagner de l'argent, il faut travailler pour les gens qui ont de l'argent. Mieux vaut être conseiller en patrimoine qu'assistant social. Mieux vaut faire des formations en management pour les cadres supérieurs que d'être instituteur de maternelle. Mieux vaut vendre des montres de luxe que des légumes. Et comme ça, toute la société se dirige vers de activités inutiles au plus grand nombre plutôt que vers ce qui est utile aux plus fragiles. 

Et je crève de l'inutilité de ma vie de travailleuse autant que d'être jugée à l'aune de ce que je gagne. 

Pourquoi mon père à la retraite a le droit de se rendre réellement utile en faisant du soutien scolaire à des enfants défavorisés pendant que je m'esquinte à faire des applications informatiques inutiles pour des banques qui n'acceptent que les plus nantis et qui ne savent pas investir leur argent autrement qu'en changeant une n-ième fois leur système d'information? Et même dans la conception de ce système d'informations, ce qui prime au quotidien c'est une guerre de moyen au détriment de la qualité du truc. Ils ont fait la bêtise de valider des spécifications qui ne répondaient pas à leur besoin? On leur fait ce qui est marqué dans les spécifications. On leur fera payer les modifications quand ils se rendront compte que ça ne répond pas à leur besoin. Plus tard. Quand ça sera encore plus difficile à changer. Quand ça demandera des heures de travail absurde à des développeurs qui se rendent bien compte qu'on aurait du le faire bien plus tôt. L'argent organise l'absurde.

Dans ma société idéale, la volonté de donner à tous une vie qui ait du sens serait ce qui guiderait les investissements, et on n'essaierait pas de faire croire aux gens que c'est d'aller vers les activités  qui brassent de l'argent qui a du sens. 

 

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 14:27

Je ne suis pas au travail.

Je ne le supporte plus.

Que faire?

Le docteur m'a dit " je ne peux pas arrêter tous les gens qui sont mal au travail". Je sais. Nous sommes trop nombreux. Je lui ai dit "écoutez, je ne le supporte plus, et ça me rend agressive avec mes collègues, qui ne sont pas méchants mais simplement je suis dans un état de tension tel que j'ai envie d'insulter toute personne qui m'adresse la parole, je ne veux pas continuer comme ça".

"Vous prenez des calmants?" 

"J'en ai pris, je n'en prends plus depuis longtemps parce que j'allais mieux, vous pouvez m'en prescrire, ça sera sans doute utile pour m'empêcher de devenir moi-même une personne maltraitante, mais en même temps je sens que les raisons qui me mettent en colère sont légitimes et je n'ai pas envie de me droguer pour accepter".

Hier je disais à ma collègue que j'allais être obligée de reprendre des calmants si je voulais réussir à passer toute ma journée dans cet open-space. Ca la rendait triste pour moi, elle trouvait que ce n'était pas la solution.

J'ai dit à mon copain que j'allais démissionner, je l'ai dit à mes parents, mais il faut croire que personne n'a vraiment confiance dans mes capacités à trouver un autre travail. Et donc non, je n'aurai pas leur bénédiction pour démissionner tant que je n'en ai pas un autre. J'ai même fini par reprocher à mon copain de chercher en moi uniquement un complément de salaire, ce qui est faux et monstrueux, mais voilà je deviens monstrueuse quand j'ai l'impression que personne ne veut m'accepter en tant qu'être humain sans travail.

Seulement, c'était déjà difficile pour moi de trouver un job quand j'étais au chômage, je n'arrive pas à le faire tout en continuant ce boulot. J'ai beau réseauter sur internet, j'intéresse les gens pour participer à un milliard de trucs, mais jamais rien qui soit un moyen de subsistance.

J'ai déjà changé 5 fois de mission dans ma boîte. Je ne suis pas toujours la cause de ce changement, et jamais on ne me met dehors parce que je ne travaille pas assez bien. Mais chaque fois je finis par me révolter, soit parce qu'on m'a vendue comme experte sur une technologie que je connaissais à peine et que je refuse de bluffer, soit parce que je ne supporte pas de voir la grande cheffe faire pleurer mes collègues toutes les deux semaines ou qu'on accuse d'incompétence les prestataires pour ne pas se fâcher en interne, soit parce qu'on accepte que le travail soit fait au prix de travail de nuit, de week end non déclaré , non payé sans jamais chercher à redresser la barre pour que ça reste l'exception.

On a vu arriver dans l'équipe début avril une dizaine de stagiaires; bonne nouvelle, on les prend dans l'optique de les embaucher, formidable, mais on attend d'eux qu'ils rédigent des procédures et des guides sur le boulot que tout le monde fait à l'arrache, on attend d'eux qu'ils organisent le travail qu'on ne sait pas organiser, dans un contexte où aucune organisation n'est possible, puisqu' "on accepte tout de la part du client car c'est politique. Et de toute façon nous ne sommes pas en mesure de refuser. Le problème est qu'il n'y a pas assez de ressources (traduire: personnel) dans ton équipe".(extrait d'un mail d'un employé lambda qui répondait à mon interrogation sur le fait qu'on me prévienne toujours au dernier moment des livraisons à effectuer, et donc des soirs où je devais rester plus tard).

Et plus ces conditions sont insupportables, plus on compte sur les petits jeunes qui cherchent leur premier boulot pour les accepter. Parce qu'au sein de la boîte, on sait bien que ce boulot est à fuir. Et plus les gens veulent partir en espérant que l'herbe sera plus verte ailleurs (pas gagné), moins on stabilise le savoir-faire et plus c'est dur pour ceux qui les remplacent. 

Je ne supporte plus quand je décide de partir à 19h pour être à l'heure à la chorale -ou à toute autre activité que j'avais l'habitude de faire- de savoir que mon collègue restera jusqu'à 3h pour surveiller le déroulement du programme que j'ai lancé , et de savoir que tout le monde trouvera ça normal le lendemain matin. "C'est à lui de mettre des limiltes". Bien sûr, mais qui met des limites aux demandes irréalisables? Qui décide de faire une équipe de nuit et d'indemniser les gens en conséquence au lieu de laisser toujours les mêmes s'esquinter la santé? 

Il y a deux ans, je regardais ce monde de fous avec recul, en me disant que dieu merci ce n'était que passager, maintenant je suis engluée dans la nécessité de payer un loyer, j'ai avalé un paquet de couleuvres pour que les gens qui m'aiment soient rassurés de me savoir "casée", et je doute de trouver quelque part un pan de la société qui ait échappé à cette folie. De nos jours, même les fermiers sont endettés jusqu'au cou, et tout le monde se doit de gagner sa vie, ne serait-ce que pour savoir où dormir. Bien sûr il existe des rebelles qui choisissent de vivre sans travailler, mais ai-je le droit d'imposer cette angoisse à mes parents et  à mon copain, ou risquer de devoir m'en séparer? Est-ce qu'on a prévu quelque chose pour récupérer tous ceux qui sont dégoûtés à vie de cette société? 

 

Je ne sais plus quoi faire. 

 

 

 

 

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 04:04
"Les grandes et petites misères continuellement imposées [...] contribuent [...] à rendre la servitude sensible. Non pas les souffrances liées aux nécessités du travail ; celles-là , on peut être fier de les supporter ; mais celles qui sont inutiles. Elles blessent l'âme parce que généralement on ne songe pas à aller s'en plaindre ; et onsait qu'on n'y songe pas. On est certain d'avance qu'on serait rabroué et qu'on encaisserait sans mot dire. Parler serait chercher une humiliation. [...] De telles souffrances sont souvent par elles-mêmes très légères ; si elles sont amères , c'est que toutes les fois qu'on les ressent, et on les ressent sans cesse, le fait qu'on voudrait tant oublier, le fait qu'on n'est paschez soi à l'usine, le fait qu'on n'y a pas droit de cité, qu'on y est un étranger admis comme simple intermédiaire entre les machines et les pièces usinées , ce fait vient atteindre le corps et l'âme ; sous cette atteinte, la chair et la pensée se rétractent. Comme si quelqu'un répétait à l'oreille de minute en minute, sans qu'on puisse rien répondre : "Tu n'es rien ici. Tu ne comptes pas. Tu es là pour plier, tout subir et te taire."
Simone Weil parle ici de souffrances physiques des ouvriers à l'usine. J'ai le sentiment qu'on pourrait écrire le même texte a propos des petites souffrances morales qu'on peut ressentir au travail aujourd'hui. Qui ira se plaindre des signes légers de mépris envoyés par certains chefs? Qui ira se plaindre d'entendre parler de lui comme d'une ressource supplémentaire sur un projet, de se sentir nié comme être humain dans cette formulation? Qui ira se plaindre des nuits trop courtes parce que la pression ressentie au travail ne s'evapore pas au moment de rentrer chez soi? Pas grand monde. On croit que sa fierté sera préservée en se taisant et ce n'est pas faux , on n'a pas envie de se faire traiter de naïf qui croit vivre au pays des bisounours, ou s'entendre dire que si on fait dans la sensiblerie il ne fallait pas choisir ce métier.
Plus loin SW dit : "c'est une habitude et presque une convention d'attacher plus d'importance à l'argent, chose claire et mesurable, qu'aux sentiments obscurs, insaisissables, inexprimables qui s'emparent de l'âme pendant le travail. ".
Chez Accenture, où je travaille, une enquête annuelle prend la température du moral des salariés. Le manque de reconnaissance revenait couramment dans les plaintes (anonymes) exprimées. Pour y répondre, un site sur l'intranet a été créé : "Celebrating Performance". Et ce site n'a d'autre but que de permettre aux managers d'exprimer leur reconnaissance du travail fourni en offrant des points a leurs collègues, points qui s'echangent ensuite contre des cadeaux, type iPod, ou four à micro-ondes. Bien sûr on ne pouvait tout de même pas publier une "policy" exigeant un "merci, bon travail" pour tout document livré. Il faut bien admettre que certaines choses ne peuvent pas résulter d'une charte ou d'un plan d'action....

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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 03:41
"Comment peut-on travailler sans souffrance quand l'objectif de travail est irréalisable? Et qu'il est même mis par écrit et contractualisé; ce qu'on appelle le harcèlement contractuel. Dans votre contrat de commercial est écrit un objectif dont vous savez que vous ne l'atteindrez pas. Qu'est ce que psychiquement on demande à quelqu'un quand - on est même plus dans l'histoire de la carotte et du bâton - c'est un espèce d'ideal du moi totalement inatteignable où il n'y a plus qu'à convoquer la culpabilité , la perte de l'estime de soi, l'échec absolument permanent . Comment est-ce qu'on a pu imaginer que ce levier de la peur n'allait pas un jour se retourner contre la productivité qu'il espère atteindre en détruisant l'espoir qui fait avancer les gens? ".
Ce sont les paroles de Marie Pezé, psychanalyste., dans le complément au DVD "j'ai très mal au travail" de Jean Michel Carré.



Si les entreprises sont si obsédées par les diplômés de grandes écoles , c'est parce que ces jeunes-là ont appris bien avant leur arrivée dans l'entreprise a s'infliger à eux-mêmes cette pression morale. La quête de l'admission en Grande Ecole, du diplôme, n'est possible qu'avec une véritable volonté de transformation de soi-même pour correspondre au modèle du cadre parfait. Il est pratique d'avoir a disposition des salariés qui ont déjà construit les barrières du chacun pour soi et qui ont déjà l'atteinte d'objectifs comme valeur première. Des salariés qui considèrent déjà comme normal de modifier jusqu'à leur caractère, leur nature profonde, pour réussir. Là où d'autres se révoltent ("on bosse comme des ânes et en plus il faudrait qu'on soit contents") , eux savent qu'ils n'atteindront jamais le modèle qu'on leur a fixé sans se montrer combatif, positif en toute circonstance. Tant qu'ils tiennent....
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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 09:56
Ce matin, un vendeur de l'Itinerant craque et jette ses journaux au milieu de l'allée. "vous les voulez ? Ils sont gratuits! Ça fait deux heures que je suis la j'en ai pas vendu un seul , y a même pas une personne qui a bougé la tête! Un petit peu de solidarité de temps en temps ça vous tuerait pas ! Ça vous empêcherait pas de manger a midi et de rentrer chez vous ce soir! Ce que vous oubliez c'est que quand on se retrouve a vendre des journeaux dans le métro c'est qu'on n'a plus rien! " Une femme finit par aller lui parler , maladroitement, puis refait le tour du wagon "un geste pour le monsieur, s'il vous plaît , une petite pièce, un ticket restaurant". Et beaucoup de visages desemparés. C'est quoi cette tétanie qui nous empêche de bouger?
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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 15:49
Aujourd'hui, mon bien aimé superviseur dans ma boîte  (career counselor, qu'ils disent) m'a dit qu'il s'étonnait presque que je n'aie pas encore pété un plomb à force qu'on me cantonne à des rôles de développeur . Mais je n'arrête pas de péter des plombs !! Je l'appelle pas à chaque fois , heureusement pour lui!
Mais quand on a eu l'expérience du vrai chômage, qu'on a vécu toute une campagne présidentielle à s'entendre dire que c'est le travail qui donne sa dignité à l'être humain , qu'on a passé des matins et des matins à se réveiller en se disant "je suis une merde, je sers à rien" simplement parce qu'on n'avait pas d'activité salariée, ben être employé à faire des trucs qu'on sait pas faire avec des petits gars de 21 - 23 ans qui sortent de l'IUT, c'est un moindre mal !
Et puis il y a toujours cette idée que c'est de ma faute, j'ai qu'à être plus sûre de moi, chercher mieux, blabla...
Mon superviseur, au moins, il a pas ce discours là. Il me reproche pas de pas être assez grande gueule, il dit juste "mais bon dieu, c'est pas compliqué d'utiliser des développeurs pour faire du développement et d'utiliser des ingénieurs pour faire de la conception". Ca fait déjà du bien. Même si ça résoud pas le problème de fond.

Pendant ce temps, y a des jeunes diplomés qui me contactent pour développer leur réseau, pour être chargés de mission dans le "développement responsable" (développement durable c'est déjà passé de mode?). Moi , je dis "oh ben pas de souci pour partager les réseaux" , et puis j'étouffe le "tu trouveras sans doute un paquet de stages" qui manque de sortir après. Elle va quand même pas plomber le moral de tout le monde, la loseuse, là, nan mais!

Dans ma SSII (société de services en ingénierie informatique), c'est comme dans  la société française mais en moins précaire. On a tous un boulot (officiellement) mais on n'a pas forcément quelque chose à faire. Alors ça se partage aussi entre ceux qui ont du travail et ceux qui n'en ont pas. Ces derniers font parfois des projets internes (plus ou moins mal coachés par des chefs de projet en dispo ou des ingénieurs qui s'en foutent un peu puisqu'ils préfèreraient eux-mêmes faire un "vrai" boulot), ou alors des trucs encore moins valorisés, comme lire les CV des autres et rappeler à l'ordre ceux qui ne mettent pas leur CV à jour selon le standard de l'entreprise.
On a beau savoir que c'est la dèche sur les projets, il faut maintenir tout ce petit vivier de main d'oeuvre , faut que ça soit du prêt à livrer si un projet se débloque. Et même ceux qui sont occupés, ils peuvent servir à appâter le chaland (regardez les belles compétences!!) donc il faut aussi que leur "fiche signalétique" (le terme est de moi) soit à jour.

Hier, j'entendais dire qu'à la 4e relance de l'équipe CV, un gars avait eu envie de répondre "oh mais lâchez-moi, je suis pas en dispo, MOI, j'ai un travail, MOI" . Même structure, même réflexe, mêmes suspicions de paresse ou d'incompétence que dans la société française vis à vis des chômeurs. Et mêmes problèmes face au travail: ceux qui bossent bossent trop et sont au bord de l'implosion, ceux qui ne bossent pas se sentent marginalisés  et méprisés.
Moi-même je me suis surprise à me dire que ceux qui sont en dispo sont surement les moins bons ou les plus rebelles, bref des gens qui font pas d'effort, mais il suffit d'un peu de bonne foi pour voir que non, tous ces gens sont extrêmements valables, consciencieux, sérieux, et que dès qu'on leur en donne l'occasion (le récit de leurs anciens placements en projet le montrent) ils s'investissent et font vraiment de leur mieux. (et on peut pas dire ça de tout le monde)
Pichenette mentale, madame l'intello du dessous, tu te retrouves à avoir les mêmes préjugés stupides que ceux que  tu dénonçais dans les discours de la "France qui se lève tôt"  .
Il y aussi le même contrôle des "chômeurs" ; là où il y a encore un an il suffisait de venir une fois par semaine pour dire "ok, je suis dispo, prévenez moi si vous avez une mission", il faut maintenant venir signer tous les jours entre 9h30 et 10h. Juste pour être sûr qu'on s'envole pas quoi. Juste pour qu'on se rappelle bien qu'on est lié à une boîte même si on n'a pas d'utilité pour elle. Un peu comme les chômeurs qui doivent faire la queue à l'ANPE juste pour qu'on leur dise qu'il n'y a rien dans leur branche.

Et pendant ce temps, dans la génération du dessus, y en a qui ont la santé en vrac et qui continuent  à se demander si on va un jour arrêter de reculer la date de la retraite chaque fois qu'ils s'approchent de la ligne fatidique...


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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 14:55
Me revoilà sur mon blog abandonné, d'ailleurs assez surprise qu'il ne soit pas plus abandonné que ça.
C'est drôle que mon blog communique même quand moi je ne communique plus, que des gens me lisent à des moments où j'ai complètement oublié que j'avais écrit un jour.

Est-ce que je dois donner des nouvelles? Dire où j'étais passée pendant tout ce temps? Reprendre mon verbiage comme si de rien n'était?

J'ai reçu un mail d'un étudiant qui me demandait mon avis sur le sujet de son travail, la dictature est-elle une solution à la crise? ... Ah , si je savais quoi dire...

Du côté de Génération Précaire, on ne sait plus s'il faut mourir ou rester, partagés entre ceux qui sont passés à autre chose, à d'autres combats ou à une vie moins projetée vers les autres, et ceux qui ne veulent pas que ça s'arrête, qui ont encore envie de porter la voix des stagiaires, de répondre aux interrogations et interpellations que ce sujet continue de susciter, et encore et toujours de se battre pour que les stages soit régulés et ne soient plus un outil de dumping social, le ver qui fragilise le code du travail de l'intérieur. Ceux qui nous ont rejoint plus récemment aussi, et qui ne comprendraient pas qu'on les laisse tomber.

Mais que reste-t-il du code du Travail? Ce que je vois dans ma vie de salarié n'est pas reluisant. Tout est souterrain, les menaces ne s'expriment pas, les revendications non plus. Dans mon équipe, le mouvement social n'a été abordé que sur le thème de la gêne dans les transports. "Vas-tu prendre un RTT? Vas-tu essayer de venir quand même? Il paraît que les métros circuleront relativement bien." C'est à peu près tout ce qu'on entendait sur le mouvement social du 29 janvier.

Il faut dire que je suis sans doute dans la branche la moins syndiquée de l'économie, et dans une entreprise où le conformisme semble être un critère de sélection, mais quelle tristesse!

Moi, je me traînais une crève qui ne guérissait pas depuis quinze jours, figurez vous que je n'avais pas demandé plus d'un jour d'arrêt à mon médecin. Alors mon moyen de faire grève, ça a été de retourner voir mon médecin, et de prendre le repos dont j'avais besoin.

Mon ami avait demandé à son délégué syndical comment se porter gréviste, il l'a encouragé à quitter son poste pour la manif et à rattraper ses heures plus tard puisqu'il est cadre.

On dirait que la contrainte économique est si forte que tout doit plier sous son poids. Les idéaux, les hommes, tout...

Le problème n'est plus de faire vivre des hommes et des femmes, mais de faire vivre l'"Economie".

Ca me rappelle un sujet à la radio, à propos du frelon asiatique qui met les abeilles françaises en difficulté depuis quelques années. C'était un drame pour l'activité des apiculteurs, mais nulle mention du bouleversement de l'écosystème.  Le fait qu'il attaque les fruits posait problème non parce qu'ils devenaient  immangeables,  mais invendables. La chose est tellement entendue que je me suis sentie comme une extra terrestre  à trouver que ce traitement de l'info était étrange.

Même le traitement de la manif d'hier finit par se résumer par "du fric pour remplir les caddies". Alors que la négation de l'humain devant l'économique est d'après moi bien plus parlant, qu'il s'agisse de l'école, de l'hopital, de la bourse ou de l'industrie...
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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 15:00
Alors ça y est, je l'ai mon CDI.
Dans un domaine qui ne m'a jamais intéressée plus que ça, dans une boîte dont le nom même me filait des boutons quand j'étais au chômage, de nouveau enfermée dans une boîte dont j'aimerais décoller l'étiquette tellement elle ne me corresponf pas.
Mais j'ai mon CDI.
Je n'ai plus de trous dans mon compte en banque, je peux penser sérieusement à chercher un vrai appart, je vais peut-être réussir bientôt à rembourser l'emprunt  contracté pour mes études. Ma maman dort mieux, mon papa est content, mon copain moins inquiet, ça y est on peut faire des projets.
Mes anciens amis de mon forum de dépressifs n'ont plus de nouvelles de moi, ma psy est en vacances, les lecteurs de mon blog envoient des robots pour voir si par hasard je n'aurais pas repris mes élucubrations.
Non, je travaille.
Enfin j'essaie.
Premier projet catastrophe, mais on est tous dans le même bateau, j'ai encore l'oeil neuf de celle qui vient d'arriver d'un chomage militant et chaleureux, je les aime bien, je viens pour les voir, et je travaille de mon mieux pour leur éviter trop de stress. La solution technique choisie est pourrie? Les précédents développeurs ont tout fait de travers? L'ancien chef de projet s'est fait débaucher à prix d'or en laissant tout en plan? Toutes les équipes ou presque ont été modifiées pour cause de changement de prestataire? C'est pas grave, allez, on est tous des êtres humains, on va faire ce qu'on peut, et si on est en retard, c'est pas grave, tout le monde le sait que ce projet est un fiasco, on ramasse les morceaux et si finalement ça marche on sera contents... Je pars presque la larme à l'oeil, en espérant un peu de pause intercontrat, avec l'impression de quitter le navire à mon tour. Ok, j'apportais pas grand chose mais bon je faisais partie de l'équipe, quoi...
Je me dis que je vais surement avoir un peu de disponibilité, je me dis que finalement je pourrais me former à des tas de trucs qui me seraient utiles autant dans mon boulot que dans mes rôles militants (je suis dans l'informatique, bien sûr).

J'avais deux semaines de vacances, pour revoir ma grand mère et ma tante, me laisser bercer par une vie bien réglée et sans surprises, remettre les pieds sur terre, lacher les écrans et les portables et réapprendre à faire les gestes de la vie simple, préparer la table, m'intéresser aux petites contrariétés de l'âge qui s'avance, "et ce médicament, c'est pour quoi?" essuyer  la vaisselle, "va te reposer bonne-maman, on s'occupe de la vaisselle" , et puis faire la traditionnelle partie de scrabble, la ballade sur la digue...

Et puis dring, je retrouve le portable au fond du sac de voyage, j'imagine un message de mon chéri. Non, c'est "Sandy, du staffing", qui sait que je suis en vacances mais qui se permet quand même de me déranger parce que machin, du projet truc, voudrait me parler au téléphone. La seule chose qu'elle sait du projet, c'est que c'est à 1h30 de Paris.Je n'ai eu que quatre jours de tranquilité.
Je voudrais dire non, mais je ne sais pas comment faire. Est-ce que j'ai vraiment le droit? Est-ce qu'on va me pourrir la vie si je le fais? Je sais pas, je suis pas très résistante au stress, je préférerais éviter toute cause éventuelle de harcèlement psychologique.
Je laisse traîner, je suis en vacances après tout, mais ça me trotte dans la tête, pas moyen de prendre une décision. Bon, je dirai que le portable ne passait pas. Ils trouveront quelqu'un d'autre d'ici la fin des vacances... mais quand même ça m'inquiète, je ferais mieux de rappeler pour dire que non, vraiment, ça ne me dit rien.

Une semaine plus tard, je suis avec ma famille: parents, soeur, neveux... Ok papa, t'as raison, je vais quand même rappeler, et puis c'est peut-être pas si insurmontable que ça, le trajet... Je suis plus aussi fragile qu'avant, ça va mieux là, j'ai mûri...
Ils n'ont trouvé personne d'autre. Il n'y a personne qui connaisse ce fouttu logiciel auquel j'ai à peine touché; le seul développeur expérimenté est toujours sur l'ancien projet, et puis il a eu deux longs arrêts maladie.
Une petite voix optimiste me dit qu'après tout, c'est sympa de jouer l'homme providentiel (la femme providentielle?), on va tenter.

J'ai retrouvé mes bonnes vieilles crises d'angoisse dès le deuxième jour. Je suis pas à la hauteur, c'est évident, je le dis, je le répète, j'écris à la fameuse Sandy, je suis pas compétente, je le sais, j'ai pas le temps de me mettre à niveau. C'est le grand chef qui me répond que je n'ai qu'à contacter machin l'expert. Mon chef direct aussi a contacté son "machin l'expert " à lui. Vue que je suis la soi disant experte du projet et que les autres développeurs ne savent rien de ce que je dois faire, je me sens vachement avancée. Je n'arrive même pas à isoler des questions qui me feraient avancer, alors contacter machin truc pour lui dire  "je comprends rien, je veux partir, au secours", je doute que ça soit utile.

Là ça fait trois semaines. Et ce matin j'ai pété un cable. Rendez vous à 8h45 pour revoir une spec dans laquelle j'ai mis un peu n'importe quoi et où chaque ligne me plonge dans des abimes d'interrogations sur "comment je pourrais faire ça?? Qu'est-ce que ça veut dire ça?". J'ai même pas le courage de démêler l'écheveau. C'est juste un putain de projet dont je me fous et pour lequel j'ai même pas eu les formations de base.

Je veux pas y aller, c'est pour ça que je voulais pas travailler , pas me retrouver dans ces situations de merde où j'ai juste envie de dire "mais j'en sais rien, moi!" J'aime bien travailler quand je sais ce que j'ai à faire, quand j'ai un espoir d'avancer, pas quand je sens qu'on veut que j'y arrive malgré moi. J'aime le travail d'équipe quand on avance dans la même direction, pas quand on se partage les taches pour dire "chacun sa merde et dieu pour tous". Toute seule, je ne vaux rien. Et quitte à être seule, je fais l'ermite. C'est toujours mieux que faire semblant d'être zen et détendue devant des gens qu'on supporte à peine.

On est bien avancés , hein?
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15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 23:09
Quand j'étais au chomage, je ne faisais que supposer que le travail abrutissait et  ne laissait plus beaucoup de temps de cerveau disponible pour réfléchir sur les problèmes de société , pour être à l'écoute des autres.

Maintenant, je sais que c'est  vrai.

La preuve, ce blog désespérément vide.

Et le pire, c'est que je ne suis toujours pas salariée....
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