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Comme une machine qui consommerait un maximum de pétrole uniquement pour entretenir sa surchauffe, l'intello du dessous consomme un maximum de facultés intellectuelles pour entretenir sa capacité à surmener son cerveau... en pure perte. Un pur produit de la société de surinformation dans laquelle on patauge...

Aujourd'hui j'ai décidé que tout ça allait sortir, et que je ferais connaître à  d'autres cerveaux surmenés et improductifs le chaos de mes pensées. Ca me fend un peu le coeur d'ajouter au flot d'informations inutiles qui circulent sur le net, mais il paraît qu'un être humain doit s'exprimer pour vivre, il paraît qu'il faut partager ses pensées pour qu'elles ne restent pas vaines. Alors bien sûr, cette décision tiendra jusqu'à ce que la somme d'informations que j'ingurgite chaque jour ne submerge la ressource mémoire où est née l'idée de ce blog, mais ne désespérons pas. Peut-être que le Bouddha qui veilla sur mon berceau me donnera la faculté d'entretenir mon jardin...

 

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18 octobre 2006 3 18 /10 /octobre /2006 06:51
Il a du courage d'oser le dire.
Je serais Fake, je dirais que ça donne pas envie d'embaucher des gens de sa génération , mais voilà quoi... Des fois on se demande si on n'est pas plus humain en chomeur...


"La seule chose dont je suis incapable", à lire dans l'Ashram de Swâmi Petaramesh (oui oui sans rire)
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9 octobre 2006 1 09 /10 /octobre /2006 16:57
C'est drôle comme beaucoup ont pris l'article précédent au pied de la lettre.

C'est bien le problème. Entre quelqu'un de tout aussi approximatif que moi mais incapable de l'avouer et moi, on préfèrera embaucher celui qui ne se l'avoue pas.
Dans mon cas, pour répondre à fake, ce n'est pas "Génération approximative", mais "Génération qui s'auto-flagelle".
Et là où Eric voit des profs trop coulants, il y avait en fait des profs hyper exigeants (en première et terminale, j'ai été dans une classe dont les élèves avaient été sélectionnés pour tous aller en prépa, 14 de moyenne en maths exigé en seconde, présentation au concours général etc...) J'ai commencé à être complètement approximative le jour où je me suis retrouvée en école d'ingénieurs, entourée de gens chez qui ça faisait cool d'être bon sans en ficher une. Sauf que ça revient à dire que ceux qui bossent sont des imbéciles qui rament pour arriver au niveau des cadors. Je pouvais m'en sortir sans trop en faire comme tout le monde, et d'ailleurs c'était obligatoire de ne surtout pas approfondir les sujets, vu que le surmenage et le zapping entre des dizaines de matières était de mise. Vouloir ne pas être approximatif, c'était couler à coup sûr.
Un grand exemple d'approximation que j'ai trouvé, ça n'était pas chez quelqu'un de ma génération, mais chez M.Strauss Kahn, dont les conseillers avaient bombardé de coups de fil les gens de Génération Précaire (dont moi); il fallait absolument qu'il nous rencontre. Au final, ceux qui l'ont rencontrés se sont retrouvés face à quelqu'un qui n'avait absolument pas creusé le sujet, je dirais même qui n'avait même pas lu nos communiqués de presse. Idem pour de Villepin, qui a fait passer un minsucule bout de loi et croyait avoir résolu le problème.
De notre côté , il y avait eu toute une réflexion sur les moyens de verrouiller les stages pour qu'ils ne puissent pas être utilisés en substitution à des emplois , et en face, des gens qui ne voient qu'une face du problème et pensent que prendre un seul aspect en compte suffira. A moins que ce soit une réelle volonté de ne pas résoudre le problème, on ne peut que se dire qu'on a affaire à des gens très approximatifs qui ne voient pas l'ensemble d'un problème et se contentent de capter des bribes (tous n'ont retenu que le problème de rémunération, quand nous expliquions que le nombre de stagiaires par entreprise devait obligatoirement être limité, et que la limitation de la durée du stage devait s'accompagner d'un délai de carence pour qu'un enchaînement de stages ne remplacent pas un poste sur la durée... ). Tous se contentent de dire qu'il n'y a aucun problème tant qu'un stage est bien inscrit dans un parcours pédagogique, alors que la plupart du temps c'est le stage qui fait la valeur du diplome, non parce qu'il aura permis un apprentissage pratique en rapport avec l'apprentissage théorique de la formation mais seulement parce qu'il sera vu comme une véritable "expérience en entreprise", c'est à dire une mise en situation à des vrais postes. Et qui dit vrai poste dit travail non payé à sa juste valeur.

M. de Villepin ou M.Strauss Kahn n'avoueront pas être approximatifs , et pourtant ils l'ont été tous les deux dans leurs relations avec Génération Précaire. Et ce ne sont que des exemples.
Pendant mon stage, j'ai mis à jour des comportements plus qu'approximatifs (déchets appartenant à l'entreprise pris en charge par les sous traitants, même pas par volonté de se débarasser de la responsabilité des déchets, mais simplement par ignorance des lois en vigueur ou flemme d'appliquer les procédures légales).  Alors, même si je comprends que mon texte amène à dire  "comment voulez vous avoir envie d'embaucher des gens comme ça?"  je sais grâce à mon expérience de stagiaire que je suis juste un peu plus lucide sur mes manquements.
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18 août 2006 5 18 /08 /août /2006 13:13
J'ai reçu un mail d'un lecteur de mon blog, il y a déjà un moment, qui se demandait si il était un intello, et qui me posait la question , étant donné que je me définissais sur ce blog comme une intello (du dessous). J'ai été bien en peine de répondre...et d'ailleurs je n'ai pas répondu, qu'est-ce que j'aurais bien pu lui dire?  Même stupéfaction lorsque Mona Chollet me demande si elle peut me poser quelques questions pour son article sur les intellos précaires...heu... c'est une blague? Bon je n'ai trop rien dit, je me suis dit "allons la voir; elle verra bien que je n'ai rien d'une vraie intello, même si je suis de la Génération Précaire, et le malentendu sera vite dissipé. Bam! Une phrase de mon blog en intro de l'article... heeeuuuu?
Pourtant, je croyais que ça se voyait bien que le titre de mon blog, que ce pseudo, était une forme d'avertissement. Je me la joue intello à dire ce que je pense du monde qui m'entoure, et à l'écrire en plus, mais ne prenez pas tout ça au sérieux, je suis juste une intello du dessous! C'est pas parce que je réfléchis que j'en sors des "Idées" avec un grand i, et ce n'est pas parce que j'écris que ce que j'écris mérite d'être écrit.. D'ailleurs, "intello", c'est bien pour ne pas confondre avec "intellectuel" . Ce n'est pas un diminutif qui sert à dire plus rapidement un mot en lui gardant le même sens. Non, un  "intello" c'est un diminutif, comme un modèle réduit d'intellectuel;  en diminuant le mot on diminue aussi la portée des pensées et écrits de l'"intello" qui n'a pas réussi à terminer sa mutation en "intellectuel".  En tout cas, je crois que c'est comme ça que je vois les choses. Alors , imaginez une intello du dessous, ce que ça veut dire!!! 

Qu'est-ce qui fait de moi une intello??
-les lunettes!
C'est une évidence, un intello a des lunettes! En école primaire c'était la tarte à la crème. Et même à la télé, Bernard Rapp qui pique les lunettes de Bernard Pivot pour pouvoir interviewer des écrivains, c'est quand même un symbole fort!! (lol) Bah, c'est peut-être pas si idiot que ça! Rien de tel qu'un strabisme, une myopie ou un astygmatisme pour s'abstraire de la réalité et réfléchir. On enlève ses lunette et le monde extérieur se perd dans une brume qui lui enlève tout pouvoir sur notre cerveau. On se retrouve seul avec soi-même... et fatalement on réfléchit. Impossible de réfléchir sans s'abstraire du monde réel, même si on s'en est nourri. Les lunettes, ça facilite le processus !
-les résultats aux tests de QI
Bon en fait, je n'ai jamais réellement fait un test de QI, mais les tests pour rentrer en mastère y ressemblaient, il faut avouer qu'à l'école j'avais tendance  à comprendre un chouia plus vite que le reste de ma classe (hormis les autres "intellos").
-je lis plus d'un livre par an
Allez savoir pourquoi, un intello ça lit des livres. Pourquoi ça ne va pas plutôt poser des questions aux gens? Je ne sais pas. A croire que ça s'impatiente devant les longueurs des "attends que je me souvienne...". Ou que ça veut éviter de perdre du temps en politesses. Ou bien ça ne veut pas empêcher les "intellectuels" (ceux qui écrivent les livres) de travailler en allant les bombarder de questions. Ca m'amène à un autre trait de caractère.

Mais bon, venons en plutôt à ce qui fait que je ne suis qu'une intello du dessous.
-je n'en fais jamais de fiches ou de résumés (sauf entre 14 et 17 ans, quand c'était un exercice imposé par les profs de français). Si vous remarquez bien sur ce site, pour Facteur 4 j'ai piqué le résumé d'un autre bloggeur, pour le livre de Patrick Viveret je me suis contenté de dire "ça fait du bien de le lire, lisez le", pour les oeuvres de Simone Weil je n'ai parlé que d'un petit bout qui m'avait touchée.
-je ne finis jamais mes livres.
Tous les livres que je cite ont un point commun, je ne les ai pas finis! (même "Facteur 4" sur lequel je devais faire une fiche pour mon mastère, nous avions séparé le travail en deux avec ma condisciple (cette manie de faire faire du travail en équipe, même sur des fiches de lecture!) et c'est elle qui s'occupait de la deuxième partie; conclusion, j'ai lu la fin en diagonale!
- je n'ai pas de réflexion aboutie
Du coup, quand j'écris "Merci aux 68ards", je me rends compte une semaine après que j'ai confondu "68ards" avec "baby-bommers", que "68ards" ça ramène uniquement à la France alors que moi je mettais tous les hippies, même américains dans le même sac. Bref, c'est flou, c'est mal ficelé, c'est "jeté sur le papier" sans aucune structuration.
-je ne relis jamais ce que j'écris, sauf pour corriger les fautes d'orthographe, mais certainement pas pour "retravailler"... Mince, je ne suis peut-être qu'une intello feignante???
-jamais de la vie je n'irai vous chercher une citation ou un livre pour étayer mes dires! Vous n'avez qu'à les chercher vous-mêmes, ou me dire si ça vous fait penser à quelque chose. C'est pour ça que je suis très contente qu'on poste des citations à la suite de mes blablas sur ce blog. Il y a des gens qui font ça bien, qui les retiennent, et qui aiment à les faire vivre en les redisant à d'autres. Ils m'aident à ne pas tourner à vide et c'est parfait , mais moi...
-je hais devoir écrire des textes longs et construits. C'est pour ça que la thèse professionnelle de mon mastère n'est jamais venue. Ca me demandait trop de sacrifices en comparaison de la satisfaction que j'en aurais tiré. Alors que ça ne fait pas peur à un vrai intello...

Voilà, un petit texte en formes d'excuses pour ceux qui avaient cru tomber sur un blog d'intellectuel, en forme d'autodépréciation peut-être, ou en forme d'aveu de paresse qualifiée pour être une vraie intellectuelle. Comme d'habitude je ne relis pas, je vous fais confiance pour remettre tout ça dans l'ordre  :-p .
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22 juillet 2006 6 22 /07 /juillet /2006 13:46

Allez tant qu'à faire, je mets l'article en lecture ici. Je voulais pas trop parler de cet article parce que c'est déjà traumatisant de me dire que c'est paru dans un journal plutôt considéré (oui je sais, je me la joue terrorisée alors qu'à côté de ça, je suis passée à la radio et à la télé pour représenter Génération Précaire, mais c'était pas moi, c'était une stagiaire masquée... L'intello du dessous, elle en dévoile plus sur elle quand même... ).

Mais bon, ça me fait quand même plaisir de mettre un chouette article ici, même si je sais qu'il y a plus de chance qu'on arrive sur mon blog à partir du Monde Diplo que je n'ai de chances d'envoyer des lecteurs en sens inverse. Et en parlant de ce lien affreux qui m'envoie des lecteurs intelligents, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais je me suis installé un compteur en bas de la page, histoire de me faire encore plus peur... non, je ne suis pas tout seule sur mon blog en ce moment...!!! (gloups)

Le paradis sur terre des intellos précaires

par Mona Chollet, Le Monde Diplomatique, mai 2006

« Je suis une intello du dessous. De ceux qui grillent des neurones, qui lisent des gigaoctets de livres, de magazines, de pages web, de tracts, de pétitions et n’en ressortent jamais rien. Comme une machine qui consommerait un maximum de pétrole uniquement pour entretenir sa surchauffe, l’intello du dessous consomme un maximum de facultés intellectuelles... en pure perte ! » Tel est l’amer constat qui s’affiche sur le blog (1) tenu par Séverine, diplômée parisienne de 28 ans ballottée entre stages, revenu minimum d’insertion, intérim et chômage. Un sentiment de relégation qu’Alexandre (2), 27 ans, journaliste pigiste (3) et auteur d’une thèse sur l’écologie publiée par une grande maison d’édition, ne comprend que trop bien. S’il reste impuissant à faire fructifier ses idées, d’autres, cependant, ont parfois la délicatesse de s’en charger à sa place : « Il y a les rédacteurs en chef qui, quand on leur propose un sujet d’article au téléphone, répondent : “Très intéressant, pouvez-vous m’en dire plus ?” Et, quinze jours plus tard, on retrouve son sujet dans le journal, traité par un salarié... »

Ils sont ainsi des dizaines de milliers à hanter ce qu’Anne et Marine Rambach, dans Les Intellos précaires (4), ont appelé les « banlieues de l’intelligentsia ». Avec eux, le procédé journalistique classique consistant à recueillir des témoignages, puis à les faire analyser par des « experts », s’avère inapplicable : dotés de tous les outils théoriques nécessaires, habités d’un vif intérêt pour la marche de la société en général, ils sont des analystes très compétents de leur propre situation – d’autant plus que certains ont l’habitude de travailler sur la précarité : un magazine comme Les Inrockuptibles, notamment, qui a trouvé là un créneau éditorial jeune et branché, fait réaliser ses dossiers par des légions de pigistes payés au lance-pierre, voire pas payés du tout. Quant à Anne et Marine Rambach, qui ont la trentaine, elles sont elles-mêmes des « intellos précaires ». Ce qui, d’après elles, caractérise ces derniers, c’est qu’ils sont « issus des classes sociales favorisées ou ont accédé à un “capital symbolique” qui est celui des classes “élevées”, mais qu’ils partagent la condition et les revenus des classes sociales défavorisées ». Leur apparition était prévisible : lors du recensement de 1999, on comptabilisait 38,2 % de diplômés du supérieur pour la tranche d’âge des 25-30 ans, contre 7,8 % parmi les plus de 60 ans.

Dans un contexte économique sinistré, on ne voit guère par quel miracle ces jeunes diplômés auraient pu échapper au lot commun. Cependant, le phénomène est encore difficile à faire admettre : dans les mentalités, un haut niveau de culture – parfois doublé d’une certaine reconnaissance professionnelle – reste synonyme de sécurité matérielle. Cette confusion entre gratifications symboliques et financières fait le bonheur des employeurs : « On me propose le plus souvent de travailler gratuitement, en me disant que ça me servira pour plus tard, raconte Alexandre. Mais ça commence quand, “plus tard” ? » Un réalisateur vient de lui confier des recherches pour un documentaire en projet. Il s’est mis au travail hors de tout cadre formel : « Nous n’avons pas encore parlé d’argent », avoue-t-il. Dans des sphères où l’on a des préoccupations aussi élevées, difficile, en effet, de réclamer son dû sans avoir le sentiment d’être un imposteur cupide dévoilant soudain son vrai visage.

Et pourtant... Les intellectuels n’étant pas de purs esprits, leur précarité ressemble souvent à celle du reste de la population. « Je prends tous les boulots qui se présentent, dit Lionel Tran, 35 ans, qui anime à Lyon une structure de microédition, Terre Noire. Des vacations à la fac, des ménages, des ateliers d’écriture... Ma compagne et moi avons la chance d’habiter un appartement bon marché ; il y a quelque temps, le propriétaire a changé : nous avons été terrifiés pendant plusieurs jours à l’idée que notre loyer puisse augmenter fortement, ou que nous puissions être mis à la porte. C’est une vie sur le fil, qui peut basculer au moindre accident. » L’écrivain Yves Pagès, qui a très tôt rendu compte dans ses livres de l’hybridation croissante des parcours professionnels (5), travaille dans l’édition. Il y croise des stagiaires qui, dit-il, font parfois « les trois-huit à eux tout seuls » : « Les uns distribuent des tickets de péage à 2 heures du matin sur une autoroute à 40 kilomètres de Paris, les autres sont caissiers de supermarché... »

Alexandre s’inquiète à l’idée que l’on découvre, en entrant son nom dans un moteur de recherche, qu’il fait « des choses qui n’ont rien à voir », mais aussi qu’il revendique des prises de position politiques. Ceux qui, comme lui, n’ont pas recours aux pseudonymes se font rares ; pour ne pas dire par quels expédients on assure sa survie, ou pour dissimuler des activités militantes qui pourraient effaroucher un employeur, le cloisonnement s’impose. Grite Lammane, 30 ans, qui collabore bénévolement, sous ce nom, au mensuel CQFD, vit de piges et de travaux de réécriture, exécutés sous un autre nom... qui n’est pas non plus le vrai. « Les gens qui me paient ne souhaitent pas forcément que leur structure soit associée à d’autres de mes activités ; d’ailleurs, si je faisais tout sous mon vrai nom, ils penseraient que je suis complètement incohérente. Je ne donne mon vrai nom que pour ce que je peux défendre auprès de tout le monde sans devoir argumenter pendant des heures. » Masques blancs des stagiaires en révolte, pseudonymes, témoignages anonymes : toute une population à la merci du qu’en-dira-t-on hiérarchique semble condamnée à la semi-clandestinité et à la guérilla idéologique. « Une situation saine voudrait que les nouveaux arrivants soient porteurs de certains conflits avec leurs aînés, remarquent Anne et Marine Rambach. Or ce n’est pas du tout ce qui se produit. Un chercheur précaire va se conformer aux idées de son directeur de laboratoire, puisque son gagne-pain en dépend. » On trouve ainsi des chercheurs en sciences sociales qui, travaillant à titre précaire pour la Commission européenne, contribuent à justifier la généralisation des politiques de précarité (lire « Au Royaume-Uni aussi »).

Sans même parler d’engagement politique, le simple statut d’intellectuel peut suffire à susciter la méfiance. Yves Pagès en revient à ses stagiaires : « Beaucoup sont des passionnés, qui ont monté des structures de microédition, des revues... Dans les maisons d’édition, souvent, on les regarde de travers. Les postes-clés y sont tenus par des personnalités issues des divers courants de Mai 68, arrivées là au terme de parcours aussi riches que désordonnés ; leur discours, c’est : “On a connu, c’était fantastique, mais c’est fini.” Dans la génération suivante, ils ont donc choisi de ne voir, et de n’embaucher, que les frais émoulus des grandes écoles, formés au réalisme économique – une évolution semblable s’est produite à Libération, d’ailleurs. On trouve ainsi quantité de commerciaux rhabillés en éditeurs, qui considèrent avec haine ces stagiaires à la tête trop bien faite. »

Les journaux les transforment en pigistes payés au lance-pierre, les universitaires les utilisent comme secrétaires, les auteurs les plus médiatisés s’attribuent le produit de leurs travaux.

Lionel Tran, lui non plus, n’en finit pas de remâcher ses griefs contre la génération des baby-boomeurs. Les derniers titres publiés par Terre Noire le disent assez : La fête est finie, Sous la plage, les ruines (6)... Mais il précise : « Ça n’a rien à voir avec la démarche écœurante de Technikart, du type “poussez-vous de là qu’on prenne vos places”. On aurait besoin de pouvoir inventer nos propres formes de contestation, sans devoir toujours rejouer la grande pantomime de Mai 68 ni verser dans le militantisme ludique, qui me fait vomir. » Il ne se remet pas d’avoir grandi avec des valeurs d’épanouissement personnel qu’il juge inadaptées à la dureté de l’époque : « J’avais 19 ans quand j’ai participé à mon premier projet de presse sur Lyon. Vingt ans plus tôt, au moins une de ces entreprises aurait pu se pérenniser. » Si les livres qu’il édite ne sont pas signés, c’est, dit-il, par rejet d’un « culte de l’ego » qu’il associe à la culture soixante-huitarde. Coïncidence ? Deux journaux alternatifs récemment créés, Le Tigre et Le Plan B, ont fait le choix des pseudonymes pour le premier, et d’articles non signés pour le second. Grite Lammane affirme elle aussi que l’usage des pseudonymes convient bien à sa préoccupation de « contribuer à une œuvre collective » : « Ça ne m’intéresse pas d’être identifiée. »

Elle-même, cependant, vit sereinement avec l’héritage de Mai 68 : « Je travaille le moins possible, parce que je veux donner le moins possible de temps et d’énergie à ce système. J’ai des revenus très faibles, que je compense par la débrouille et par un réseau d’entraide très dense. » Anne et Marine Rambach ont recensé dans leur livre les richesses sociales – du média alternatif (télévision, radio, site Internet...) à la cantine associative – produites par des intellos précaires hors du cadre économique. Séverine a vécu une prise de conscience politique au fil de ses déconvenues, et s’investit désormais dans plusieurs mouvements et associations : « J’ai découvert l’existence d’une autre société, à côté de la première. C’est ce qui m’a sauvée. » Bien qu’issue d’une famille qu’elle dit peu concernée par les bouleversements de Mai 68 – elle est fille d’employés –, Valérie, autre pilier de Terre Noire, diplômée de Sciences Po (Lyon), a quitté un emploi dans la communication pour se consacrer à la photographie et à l’édition. Aujourd’hui, la quarantaine venue, éreintée par dix ans de précarité, elle cherche par tous les moyens à réintégrer le salariat. Pourtant, elle avoue que, même si elle ne le dit pas dans ses entretiens par souci de « ne pas faire peur aux employeurs », elle aimerait mieux trouver un mi-temps, pour ne pas devoir abandonner tout ce qu’elle a construit ces dernières années.

Rien d’étonnant si les intellos précaires – tel Jean Zin, animateur du site Ecologie révolutionnaire (7) – sont les premiers à soutenir la revendication d’un revenu garanti, ou d’une protection sociale continue inspirée par le régime des intermittents du spectacle : ils s’entêtent à vouloir consacrer une part raisonnable de leur temps à des activités qui ont du sens, à la fois pour eux et pour la collectivité ; ce que le cadre économique permet de moins en moins. Un roman récemment paru, L’argent, l’urgence (8), met en scène une intello précaire qui, étranglée par les dettes, accepte un contrat à durée déterminée, et décrit par le menu l’horreur du monde de l’entreprise. Certains se sont indignés qu’on puisse critiquer le travail alors que tant de gens en cherchent désespérément. Commentaire de l’auteure, qui s’y attendait : « C’est un peu comme si on interdisait aux manchots de se plaindre, par égard pour les unijambistes. »

Mona Chollet
 

(1) vous y etes déjà :P

(2) Le prénom a été changé.

(3) Les pigistes sont rémunérés à l’article. Lire Lionel Okas, « Les journalistes aussi... », Le Monde diplomatique, avril 2004.

(4) Anne et Marine Rambach, Les Intellos précaires, Hachette, coll. « Pluriel », Paris, 2002.

(5) Yves Pagès, Petites Natures mortes au travail et Portraits crachés, Verticales, Paris, 2000 et 2003.

(6) www.editionsterrenoire.co m

(7) http://perso.wanadoo.fr/marxie ns

(8) Louise Desbrusses, L’Argent, l’urgence, POL, Paris, 2006.

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22 juillet 2006 6 22 /07 /juillet /2006 08:34

Je commence à peine à remettre mon père à sa place de simple humain.

C'est difficile quand on a un père gentil, plutôt pas mal (même ma copine de lycée trouvait qu'il avait la classe , mais je crois que c'est le costume cravatte qui lui plaisait surtout :) )

Mon père , il est ingénieur, il est intelligent, il est gentil, il a un vrai rire qui me mettait de bonne humeur le dimanche matin quand je l'entendais dans la salle de bain à côté de ma chambre, il est attentif, compréhensif, tout ça, tout ça...

Linda Lemay, "Le plus fort, c'est mon père"


 La seule différence, c'est que mon copain actuel, je lui demande pas d'être père et mari, je lui demande pas de promettre. Il aime de tout son coeur, il est là dans les bons et les mauvais moments. C'est ça le plus important... Et c'est peut-être pour ça que j'ai un peu laissé mon père tranquille (et puis je le laisse d'autant plus tranquille que plus ça va, plus je sens qu'il souhaite de tout son coeur que je trouve un boulot stable, et qu'il serait prêt à me pistonner dans une filiale du Tadjikistan, si c'était le seul poste disponible dans sa boîte... j'ai rien de particulier contre le Tadjikistan, mais bon.. :P )

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18 juillet 2006 2 18 /07 /juillet /2006 09:34

Bon bon, juste un petit mot pour vous dire que le Guide des stages est en ligne, j'ai même eu un mail de Georges Asseraf, l'inspecteur général de l’administration de l’Éducation nationale, pour m'en informer... (vu que je le cite, je tiens quand même à dire que cet homme a été d'une patience infinie pendant les discussions en vue de l'élaboration de la Charte des stages; si je me laissais aller à dire ce que j'en pense, je dirais même qu'il a été adorable et très à l'écoute des revendications de Génération Précaire, mais bon la seule chose qu'il pouvait nous pondre était une Charte...il a fait ce qu'il a pu...)

Voilà le Guide des Stages:



J'ai même pas été le voir, je vous avoue, je suis gavée... Un jour peut-être je ferai des commentaires, je vous dirai si ils ont tenu compte des remarques qu'on avait faites... De toutes façons, je sais bien que  personne ne l'appliquera. J'en ai marre de tout ça,  je m'en fous de tout, je n'écris plus sur ce blog sauf pour dire que j'en ai ras le bol et que j'ai plus rien à dire. Bref, la vie est belle pour l'intello du dessous dont les neurones ont fondu avec la chaleur... En ce moment c'est la larve du dessous, la dépressive du dessous, tout ce qu'on veut sauf une intello...

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18 juillet 2006 2 18 /07 /juillet /2006 08:14
C'est avec attention que j'ai pris connaissance de votre candidature au poste de responsable qualité environnement.

Après étude de votre curriculum vitae, il apparaît que les caractéristiques de votre profil ne correspondent pas suffisamment aux critères requis pour exercer la fonction proposée.

Par ailleurs, l'entreprise définit annuellement ses besoins en matière de recrutement. Au regard de ces bsoins aucun poste ne pourra vous être proposé cette année.

C'est pourquoi je regrette de ne pouvoir retenir votre offre de collaboration.



C'est assez drôle à recevoir quand, un an plus tôt, on avait tout à fait le profil requis pour , en stage de 6 mois, remettre d'applomb la politique environnementale du site, que le responsable qualité environnement -parachuté là en interne- n'avait pas envie de prendre en charge.

J'ai même su qu'entre temps un audit avait eu lieu, qu'un auditeur environnemental externe avait dit au responable: "Et avec 5 jours de formation, vous vous décrétez responsable environnemental de site?" .

Ce qui me faisait plaisir en postulant à cette offre, c'était de voir qu'enfin on avait lancé un recrutement, malgré les "besoins définis annuellement" qui disaient que "non non aucun recrutement n'est nécessaire".

Bon après, je n'ai pas les critère requis, je me rends...

Ce qui m'attriste c'est juste qu'avant,  quand je recevais ça d'une entreprise que je ne connaissais pas, je croyais vraiment que mon profil n'était pas bon pour ce genre de postes. J'en étais presque à me dire que ce n'était pas la peine de postuler ailleurs.  Ben oui, ils sont cons ces jeunes, quand ils croient ce qu'on leur écrit...

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12 juillet 2006 3 12 /07 /juillet /2006 18:03
On nous a beaucoup demandé, à Génération Précaire, si nous nous étions appelés "Génération" en opposition avec la génération d'avant (sous entendu celle qui a entre 50 et 60 ans aujourd'hui, voire un peu plus, et qui semble impossible à déloger des postes de pouvoir aujourd'hui). Je ne peux pas répondre personnellement, n'ayant pas été à l'origine du nom du collectif, mais je sais que très souvent on n'osait pas la confrontation frontale, non notre combat ne visait pas à attaquer la génération de nos parents, puisqu'ils étaient eux-mêmes victimes indirectement du problème des stages... forcés de continuer à entretenir des "plus si jeunes" à qui ils avaient déjà payé de longues études en comparaison avec ce que leurs parents avaient fait pour eux. Nous avions même des mails de cinquantenaires confrontés à des propositions de stages de réinsertion, alors qu'ils avaient les compétences et l'expérience, ou simplement confrontés à la concurrence de jeunes stagiaires forcément ultra compétitifs en comparaison avec un salarié (une simple question de coût salarial, rien de plus).
Quand un stagiaire est pris en remplacement lors d'un congé maternité (ce qui est illégal mais arrive quand même) , c'est un interimaire qui loupe un poste. Quand des stagiaires abattent le travail de standardiste-secrétaire-assistant-documentaliste , c'est autant de secrétaires, standardistes, assistants qu'on ne pense même  pas à embaucher.
Nos revendications s'arrêtaient là, il n'était pas question de se mettre en guerre contre la génération précédente.
De toute façon, ç'aurait été suicidaire, c'est soit elle qui nous embauche, soit elle qui décide de la politique du pays (merci les députés considérés comme des bambins à 45 ans) , soit elle qui nous subventionne quand on peine à s'insérer (merci papa maman, tonton tata etcetera).

Moi, je voudrais quand même dire merci aux soixante-huitards qui nous ont mis dans la tête des belles idées. Les belles idées ça remplit pas l'estomac mais ça coûte pas cher. Ils ont eu la chance de pouvoir vivre avec des belles idées et de continuer à les dire même sans les appliquer. Ils ont eu la chance de pouvoir traiter de bourgeois des gens à peine plus riches qu'eux et nous inculquer le mépris de l'argent, parce qu'ils avaient la possibilité d'avoir en même temps l'argent et les belles idées.
Alors je les remercie parce que le RMI existe encore,qu'il peut être bien utile et qu'il donne une belle image de solidarité (même si on ne vit pas super bien avec le RMI, on est bien d'accord, c'est quand même une façon de ne pas laisser les gens complètement dans la mouise) , je remercie mes parents de continuer à me soutenir malgré mon incapacité chronique à rentrer dans ce putain de monde du travail, je les remercie d'être fiers de voir qu'on se bouge pour réveiller nos politiques....

Et pour ceux qui verraient de l'ironie dans mes propos, je m'en excuse... (ou pas)

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Aujourd'hui j'ai vu ça sur le forum de Génération Précaire, ça m'a fait un bien fou (là l'ironie est bien  là ):

"Tu te crois au pays des bisounours ou quoi toi ? tu crois peut être qu’il y a des démocraties participatives dans le monde ? Mais tu revasses ou quoi le pouvoir appartient à 2% de privilégiés les autres ont la parole mais personne ne les écoute. T’es pas contente et bah descends dans la rue pète 4 bijouteries et mets le feu à 20 bagnoles là on t’écoutera car tu AGIRAS.Arrete d’accuser les autres et ne t’en prends qu’à toi chacun a ce qu’il mérite. 25 ans et déja frustrée ca promet, putain mais bats toi ca sert à rien de blablater sur le net."
(je précise que ça ne m'était pas destiné, mais ça aurait pu :) )

Voilà l'idéologie pour les prochaines années, préparez vous, ça va pas être la fête...
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1 juillet 2006 6 01 /07 /juillet /2006 14:35
Depuis le début de ce blog, je mets de temps en temps dans mes images des toiles tirées du blog d'Mline.

Elle expose à Paris à partir de mercredi prochain , au Glaz'Art ( 7-15 avenue de la Villette, PARIS 19, M° Porte de la Villette) et ça me fait extrêmement plaisir, je vais pouvoir admirer toutes ses toiles en vrai!! (le net c'est bien mais....) Il faut dire qu'elle habite complètement dans le sud de la France, et que du coup je ne me rends pas souvent chez elle...

http://www.glazart.com/glazart/navig/evt.php?id=4486f216df350

Je vous conseille vraiment, c'est un émerveillement ...

Le vernissage a lieu mercredi 5 juillet à 20h, n'hésitez pas à y faire un tour!!

 



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8 juin 2006 4 08 /06 /juin /2006 10:15
Je voudrais juste dire un grand merci à ceux qui m'ont écrit ou ont laissé un commentaire après avoir lu ce blog.

Je ne réponds pas souvent , et peu...

J'ai peur des jugements; j'avais ouvert ce blog pour me lâcher , pour pouvoir enfin me permettre de dire ce que je pensais de la société qui m'entoure.

Et maintenant que je vois qu'on me lit, que je vois le nombre de visites augmenter, je retrouve cette trouille du jugement des autres qui me rend les entretiens d'embauche si difficiles et souvent infructueux.

Le fait que Mona Chollet se soit intéressée à moi et m'ait cité dans le Monde Diplomatique a bien sûr beaucoup joué, mais j'oscille toujours entre l'envie de rester bien à l'abri des confrontations et le sentiment que je dois dire tout haut ce que d'autres vivent tout bas. Depuis un mois, c'est la peur qui reprend le dessus. J'attends doucement que le buzz médiatique soit effacé. Je ne pouvais pas manquer l'occasion de rencontrer Mona Chollet, surtout que j'y ai gagné de pouvoir lire ce livre tellement sensé et humain qu'est "la tyrannie de la réalité". Mais suis-je capable d'accepter que des lecteurs du Monde Diplomatique lisent mes minables écrits?

Il y a des commentaires sur Génération Précaire qui m'ont fait mal(pas directement sur ce blog); nous serions dans la lamentation, ça ne serait pas très constructif. C'est vrai qu'on se permet de dire que non, le stage n'est pas le tremplin pour l'emploi qu'on essaye de nous vendre . Que c'est parfois simplement l'apprentissage de l'ambiance pourrie qu'on peut trouver en entreprise, l'apprentissage de l'humiliation au quotidien, et que même quand on est dans une ambiance correcte, il reste l'humiliation de faire "tout comme si on était salarié" mais sans en avoir le statut. Nous ne serions que des mendiants de formation, des petits jeunes prétentieux qui s'imaginent être utiles alors que c'est bien connu, les jeunes ne savent rien faire et c'est un cadeau que l'entreprise leur fait de les prendre en stage. Vouloir faire partie du personnel pendant son stage, mais quelle abherration! Vouloir être rémunéré ne serait-ce que pour le temps de présence qu'on nous impose dans cette entreprise, quelle ineptie!
La plupart des "bien installés" que j'ai vus me regardent avec des yeux ronds quand je parle de ce mouvement.On me rappelle toujours que "quand même, tous les stages ne se passent pas mal".
Quand je dis que j'ai beaucoup appris sur l'entreprise pendant mes stages, on se gargarise "ah, elle reconnaît que les stages sont utiles". Après, on ne me demande pas ce que j'y ai appris.
J'y ai appris à détester les gens qui me méprisaient, j'y ai appris le machisme rampant, j'y ai appris le règne de l'apparence, j'y ai appris que ceux qui étaient promus étaient ceux qui déjeunaient tous les jours avec le chef de service, voire pratiquaient le même sport que lui. J'y ai appris que j'étais bien différente de ceux qui réussissent et que je n'avais pas envie de devenir comme eux.
J'y ai appris qu'on brosse toujours dans le sens du poil pour faire passer une mauvaise nouvelle; "vous êtes très compétente mais nous n'avons pas de recrutement de prévu". "J'aurais bien aimé te garder mais la DRH est formelle, il est impossible d'augmenter le personnel maintenant". Et les fausses bonnes raisons pour dire que non je ne correspond pas vraiment à ce qu'ils recherchent; soi-disant j'ai trop navigué dans les hautes sphères d'HEC (allons-y lachons le nom) pour m'intéresser à ce qu'ils font, ils le sentent bien et préfèrent m'éviter cette déconvenue; ils ont préféré quelqu'un qui était plus du genre à mettre les mains dans le cambouis (et mon stage ouvrier, vous l'oubliez? Et mon stage dans la sidérurgie? Ou alors vous voulez dire qu'une fille ça fait tâche dans le cambouis? Ou alors vous voulez dire que j'ai pas assez l'air d'aimer les blagues cochonnes et les petites magouilles pour m'intégrer à vos équipes?). On finit par imaginer tout et n'importe quoi face à toutes les raisons que les gens invoquent  pour dire non à une candidature (quand on a l'occasion d'avoir une réponse, ce qui est rarement le cas).

J'y ai aussi appris qu'on pouvait être intégré dans une équipe, être apprécié, reconnu pour ses compétences, et devoir partir pour des questions de budget, parce qu'on a le malheur de ne pas bosser sur ce qui rapporte immédiatement.

J'y ai appris que ce qui était important pour moi était souvent ce qui faisait perdre de l'argent à l'entreprise selon les comptabilités actuelles. Il y a bien des tentatives de parler de capital immatériel chez certains convaincus, mais leur voix est tellement faible. Et tant qu'on n'aura pas prouvé par A+B que le harcèlement moral n'améliore pas beaucoup la productivité,  qu'affirmer avec un air entendu que "l'entreprise n'a pas vocation  à être philanthrope" peut démotiver les foules et être contre-productif à long terme. Tant qu'on n'aura pas chiffré en dollars ou en euros la sensation d'être en accord avec ses valeurs et l'aisance à être efficace dans ces conditions, je ne serai qu'une jeune bobo qui voudrait vivre au pays des merveilles et qui refuse de se plier aux règles du marché, qui refuse de se vendre ou qui le fait mal parce qu'elle déteste l'idée même qu'on ait pu inventer cette expression et qu'elle soit passée dans le langage courant. Avant on faisait de la traite d'esclaves, maintenant on demande aux esclaves de se vendre eux-mêmes. C'est le sentiment que ça donne. Je m'en excuse auprès de tous ceux qui trouveront que "ah ben oui, avec des idées pareilles, pas étonnant qu'elle ne trouve pas de boulot".

J'ai fait une école di'ngénieurs à prépa intégrée. Etant donné qu'on s'y soucie beaucoup de faire des gens qui se placent bien sur le "marché" du travail, ça fait depuis mes 18 ans qu'on me parle d'apprendre à me vendre. Et curieusement c'est avant mes 18 ans que j'avais le plus de facilité à travailler et à donner le meilleur de moi. C'est d'avant que je tiens mon surnom d'intello , c'est avant qu'on me disait douée en tout.

Je n'ai pas fait ces études par goût, je les ai faites justement après avoir écouté ces gens qui nous disent aujourd'hui qu'on ne peut pas se plaindre des abus de stage, qu'ils ont lieu surtout dans la culture et le journalisme et que les jeunes n'ont qu'à se former à des métiers où on recrute encore. Le résultat n'est pas brillant pour moi d'un strict point de vue professionnel.
Quand j'ai ensuite fait un mastère en développement durable, c'était dans l'espoir de réconcilier mes valeurs et le marché; j'ai échoué. Le marché est ce qu'il est, et j'ai encore plus l'impression de ne pas être soluble dedans. Vouloir faire du développement durable en entreprise, c'est nager à contre courant à longueur d'année ou bien c'est faire du marketing sur le développement durable en évitant soigneusement de poser les questions cruciales sur les activités de l'entreprise.
Alors quand on n'arrive même pas à rentrer dans ces fameuses entreprises, que fait-on?

On écrit, on se "lamente" sur le sort de notre planète et sur le sort des jeunes et on essaye encore et encore de faire comprendre à ceux qui ont peut-être le pouvoir de changer les choses qu'ils se cachent derrière leur petit doigt. Et on rage ensuite de n'être qu'une jeune femme si peu crédible, si peu audible. Quand on ne se dit pas qu'on est bien prétentieuse d'avoir cru qu'on avait quelque chose à dire.

Ce dernier mois, je me trouvais bien prétentieuse d'avoir cru que j'avais quelque chose à dire, alors j'ai essayé de laisser couler doucement mon blog. Mais je n'ai pas pu m'empêcher de revenir voir des commentaires, alors vogue la galère...
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