Comme une machine qui consommerait un maximum de pétrole uniquement pour entretenir sa surchauffe, l'intello du dessous consomme un maximum de facultés intellectuelles pour entretenir sa capacité à surmener son cerveau... en pure perte. Un pur produit de la société de surinformation dans laquelle on patauge...

Aujourd'hui j'ai décidé que tout ça allait sortir, et que je ferais connaître à  d'autres cerveaux surmenés et improductifs le chaos de mes pensées. Ca me fend un peu le coeur d'ajouter au flot d'informations inutiles qui circulent sur le net, mais il paraît qu'un être humain doit s'exprimer pour vivre, il paraît qu'il faut partager ses pensées pour qu'elles ne restent pas vaines. Alors bien sûr, cette décision tiendra jusqu'à ce que la somme d'informations que j'ingurgite chaque jour ne submerge la ressource mémoire où est née l'idée de ce blog, mais ne désespérons pas. Peut-être que le Bouddha qui veilla sur mon berceau me donnera la faculté d'entretenir mon jardin...

 

Le monde du travail, ou du non travail...

Jeudi 27 octobre 2005

Lettre à la Commission Locale d’Insertion


                   Madame, Monsieur

                Je vous écris suite à votre courrier du ***** m’annonçant qu’il est envisagé de suspendre le versement de mon allocation du RMI, pour le motif que mon statut d’étudiant est incompatible avec le versement du RMI.

               N’étant pas en situation de reprise d’études mais uniquement en stage étudiant, je demande à être entendue par la Commission Locale d’Insertion pour expliquer mon refus de rédiger une lettre dans laquelle je renoncerais à mon allocation du RMI.

                 La première lettre que j’ai reçue me rappelait que « le versement du RMI [était] subordonné à une démarche d’insertion ».  Le stage que j’effectue actuellement EST une démarche d’insertion, et c’est malheureusement la seule activité en rapport avec ma formation que j’aie trouvé. Je travaille à temps complet en entreprise tout en recevant moins que le SMIC pour un travail demandant une qualification que n’ont pas ceux qui m’encadrent ; je trouve anormal qu’on me traite comme si je n’avais fait aucun effort d’insertion en me coupant les minima sociaux. De plus, j’ai joué franc jeu en déclarant dès le début ma situation à mon référent social et en déclarant à la CAF les indemnités perçues pendant ce stage.

                Je n’ai pas de logement propre, étant  logée jusqu’ici par mes parents ; or mon père est muté ce mois. Quand j’ai demandé à mon référent social une aide à la recherche d’un logement, elle m’a répondu « vous savez bien qu’en Ile de France, sans CDI, on ne trouve pas de logement, restez chez vos parents ! ».

            Je suis donc loin d’être insérée définitivement dans la société, et loin aussi d’être une personne qui ne fait aucun effort pour y être insérée ; c’est pourquoi je refuse de renoncer de mon plein gré au RMI. Je ne suis pas la seule diplômée à être dans cette situation de non droit causée par les stages en entreprises ; c’est par solidarité avec tous les autres stagiaires précaires que je souhaite être entendue par la commission locale d’insertion.

                En espérant une suite favorable, je vous prie de recevoir, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.

Par L'intello du dessous
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Jeudi 24 novembre 2005
Merci à tous ceux qui sont venus nous rejoindre aujourd'hui, pour la première grève unitaire des travailleurs de l'ombre que sont les stagiaires.
Ils n'aparaissent ni dans les chiffres du chomage, ni dans le chiffre des RMIstes (sauf ceux qui comme moi refusent qu'on leur assène le statut d'étudiant alors qu'ils ne cherchent qu'un moyen de s'insérer dans le monde du travail), ni dans les travailleurs. Parfois, eux-mêmes ne savent plus trop ce qu'ils sont, c'est le flou... Etudiant? Chomeur? En recherche d'emploi? Petite main?
La seule chose sûre c'est qu'ils ont rarement un revenu décent (la plupart inférieur au RMI! ) , la seule chose sûre c'est qu'ils sont précaires, et que quand on les rencontre au cours des différents rendez-vous fixés aujourd'hui dans toute la capitale, ils nous disent merci d'avoir osé parler, et merci d'avoir réussi à rassembler des jeunes isolés et plutôt honteux de leur situation; tantôt privilégiés qui se permettent de faire ce qui a un sens pour eux parce que leurs parents ne les ont pas encore complètement reniés, tantôt losers qui n'ont même pas été capables de trouver un VRAI travail. Ce qui est sûr, c'est que ce non-statut leur pesait, et qu'il a fallu qu'ils soient nombreux pour oser sortir du mutisme... 
Le plus important finalement , c'était de relever la tête.

Mais ça ne suffira pas! Nous ne voulons plus que des jeunes se sentent tellement désespérés qu'ils acceptent de vendre leur temps, leur énergie, leur créativité, et parfois aussi leur santé psychologique (j'ai été frappée du nombre de témoignages de "craquages", de journées de stages qui finissent en larmes...) pour presque rien!
TOUT TRAVAIL MERITE SALAIRE
C'est le maître mot! Et nous l'avions presque oublié dans cette jungle qu'on nous a enseigné à trouver naturelle... Le seul but était de prouver notre valeur, de se "forger une expérience" dans l'espoir d'atteindre le boulot, le vrai!  Mais ce boulot nous ne l'atteignons jamais, à l'image de la marelle que nous avons dessinée sur le parvis de la Bastille ; toujours, cette case qui revient "vous avez beaucoup de qualités mais.... nous n'avons pas de poste à pourvoir, un autre stagiaire est prêt à prendre votre place, vous nous coûteriez trop cher, vous comprenez, vous avez des diplomes..." Alors qu'est-ce qu'on fait ? On quémande un autre stage?? On part chercher un vrai travail au risque de devoir justifier le trou honteux qu'on remarquera forcément sur notre CV? (les petits boulots, bien sûr, ça ne compte pas...)
On décide de faire carrière chez MacDo, en sachant qu'il y a des besoins pour ce qu'on sait faire, mais qu'ils trouveront toujours un stagiaire pour se donner corps et âme, alors qu'un salarié, vous comprenez, ça s'encroûte, ça se marie, ça fait des enfants, ça ne travaille plus jusqu'à des heures indues..?

Nous voulons un vrai statut pour les stagiaires. En tout cas, à moi, une charte ne me suffira pas. Il me suffit de relire le Pacte Mondial, que tant de grandes entreprises ont signées, ça ne m'empêche pas de voir en quoi elles font peu d'effort pour l'honorer. Les entreprises adorent le droit mou (ça fait mieux en anglais: "soft law"), et c'est souvent pour ne surtout pas le respecter, mais se glorifier de la moindre initiative éthique...
Les entreprises ont une responsabilité sociale; si elles l'ont oublié, c'est à la loi de leur rappeler. N'en déplaisent à tous ceux qui m'ont enseigné le "développement durable" mou pendant ma dernière année d'études... Le droit mou, ça donne des contrats de travail mous = des conventions de stage, des salaires mous = des indemnités si faible qu'elles ne permettent même pas de payer un loyer....

Nous ne les laisserons pas nous endormir !


Déclaration des droits du stagiaire

 

 

24 novembre 2005

 

 

Les membres du collectif Génération précaire, constatant une détérioration des conditions de vie du stagiaire et la non reconnaissance de leur travail ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits du stagiaires afin qu’ils soient transposés dans une loi :

 

 

Article 1er
Le stagiaire tout comme le salarié doit bénéficier des droits élémentaires garantis par le code du travail.

 

 

Article 2
Le stage doit retrouver sa vocation pédagogique et assurer l’insertion professionnelle et sociale du jeune.

 

 

Article 3
Aucun stage ne doit constituer un emploi déguisé. A cette fin, sa durée doit être limitée.

 

 

Article 4
Tout travail méritant salaire, aucun stagiaire ne doit fournir un travail sans être justement rémunéré.

 

 

Article 5
Le stagiaire doit avoir pouvoir participer à la solidarité nationale en cotisant aux charges sociales. Son employeur également.

 

 

 

 

Article 6
Les entreprises doivent cesser d’avoir recours abusivement à des stagiaires. Elles doivent limiter leur nombre et leur assurer un tutorat adéquat. 

 

 

Article 7
Les entreprises doivent respecter un délai entre deux périodes de stage sur le même poste.

 

 

Article 8
Les organismes de formation sont responsables et se doivent de contrôler que les conventions qu’ils délivrent ne peuvent donner lieu à des dérives.

 

 

Article 9
Une étude doit être engagée pour mettre en lumière l’impact du stage sur le marché de l’emploi.

 

 

Article 10
Les propositions citées ont vocation à être reprises dans le code du travail.

 









Par L'intello du dessous
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Dimanche 4 décembre 2005
Je suis passée vendredi matin devant la Commission Locale d'Insertion. J'ai été reçue par quatre femmes plutôt sérieuses et de bonne foi. J'ai eu l'occasion de leur exposer l'absurdité de la situation.
Je leur ai expliqué que je refusais de signer une lettre disant que ce que je faisais n'était pas une démarche d'insertion et que je trouvais absurde que mes (maigres) indemnités de stage soient considérées comme des revenus lorsqu'il s'agissait de calculer le montant du RMI qu'on m'accordait (ce qui fait du 80€) mais que malgré cela mon stage ne soit pas considéré comme une reprise d'activité.

Résumons nous:
Lorque vous touchez le RMI à taux plein, vous avez 2 solutions:

1ere situation: vous trouvez un boulot (même un petit boulot au SMIC);  vous pouvez cumuler le RMI et votre SMIC pendant 3 mois, puis vous cumulez le SMIC et la moitié du RMI pendant encore trois mois.  J'ai aussi entendu parler d'une prime à l'emploi, mais je ne rentre pas dans les détails.

2eme situation: vous trouvez votre boulot idéal, en rapport avec votre formation, mais ils ne prennent que des stagiaires. Vous gagnez donc moins que le SMIC dans l'espoir que le stage se transformera  en emploi un jour, et en plus vous n'êtes pas autorisé à garder le RMI puisqu'on considère que vous avez repris vos études. Vous vous retrouvez donc avec votre indemnité de stage inférieure au SMIC et même parfois inférieure au RMI

3eme situation: vous restez au RMI et vous faites ce que vous aimez en tant que bénévole dans une association. *

4eme situation: vous décidez de prendre un ego de ouf et de vous mettre à votre compte. Et là , bonne chance pour vous faire facturer vos prestations à un prix qui comprenne vos charges de jeune entrepreneur... Y a 10 étudiants ou tout juste diplomés qui sont prêts à faire le même boulot à temps plein pendant 6, 9, 12 mois pour une misère. Y a pas à chercher , sans l'expérience d'un senior, vous ne faites pas le poids!

Est-ce que vous êtes vraiment étonnés que des gens choisissent la deuxième solution?
Vous trouveriez sain d'avoir 100% de diplomés chez MacDo? ( enfin, je dis ça, c'est que je n'ai pas encore vu de stage chez Mac Do, mais ça doit exister aussi, finalement) Le corrolaire est bien sûr que tous les non diplomés se retrouvent au RMI, puisque les postes non qualifiés sont pris par des diplomés qui n'ont pas voulu être payé moins que le smic pour leur travail.

D'un autre côté est-ce que vous trouveriez normal d'avoir 100% des diplomés au RMI, attendant de trouver un poste en rapport avec leur compétences? Bien sûr que non. Vous les remettriez au travail à grands  coups de pieds aux fesses!!

Là où on atteint le comble, c'est quand des salariés se voient remplacés par des jeunes stagiaires qui ont choisi la deuxième solution... C'est là qu'on se dit "stop! c'est plus possible tout ça!!"

La Commission Locale d'Insertion, bien sûr , a décidé la suspension du RMI. Mais au moins j'ai sensibilisé 4 personnes de plus au problème des stages.  Je me suis sentie vachement plus rassurée quand on m'a dit que je pourrais redemander le RMI en janvier quand je n'aurai plus le statut étudiant. Vu que mes "revenus" mirobolants de stage seront pris en compte dans le calcul de mes revenus des trois derniers mois je devrais m'en sortir avec 100 euros par mois pendant 3 mois.
Autant dire qu'il vaut mieux pas compter là dessus. Et encore moins sur le contrat d'insertion; l'an dernier je n'ai eu l'occasion de le signer que 5 mois après mon inscription, quand je m'étais déjà rabattue sur un stage!!

Donc voilà, me reste la dernière solution; il se trouve que j'ai pas un ego de ouf, que j'ai que des stages en expérience, et que je crèche encore dans l'appart de mes parents qui ont déménagé; fin du bail en décembre. Pas évident de s'installer un bureau de consultant en squat chez un copain ou dans un appart qu'on va devoir quitter dans très peu. Et puis mon stage est fini, plus de revenus de ce côté là.

Et pourtant j'ai le moral: savez pourquoi? Parce que j'ai des gens qui m'aiment et qui me laisseront pas tomber...




*:Evidemment, je ne parle pas de la solution qui consiste à taire soigneusement le fait que vous êtes en stage; pour montrer à quel point le système est absurde, il faut jouer le jeu honnêtement et sincèrement jusqu'au bout.

Par L'intello du dessous
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Lundi 12 décembre 2005
La semaine dernière fut un peu chargée. J'ai goûté aux joies du boulot de télé-conseillère, télé-enquêtrice plus exactement dans mon cas...
Pour être honnête, après 8 heures passées le nez sur un écran et un casque sur la tête non-stop, je n'avais aucune envie de rallumer mon ordi... Lobotomisée...
Alors quelques conseils à l'usage des personnes sondées par téléphone:
1. Même si la personne qui vous appelle a l'air très gentille, attentionnée , etc. inutile de lui raconter votre vie, elle n'écoute pas. L'oeil rivé sur le compteur de minutes, elle est juste en train de se demander comment passer à la question suivante sans trop vous froisser, histoire de rattraper sa moyenne.
2. quand elle vous dit que le questionnaire va durer 3 minutes... croyez là!! Elle en fait 100 par jour, elle sait exactement combien de temps ça dure, et si vous mettez plus, c'est vraiment que vous avez réfléchi pendant 3 plombes à chaque question. Pour mon questionnaire aux garagistes: 1minute 30 pour les plus performants, 4 minutes pour ceux qui prennent le temps de calculer combien ils ont réellement consommé d'huile à l'année, une moyenne située à 2 minutes 50!
3. Pas la peine d'expliquer pourquoi vous ne souhaitez pas répondre: je me suis rendue compte que les gens mettaient presque autant de temps à s'expliquer que ceux qui répondent directement au questionnaire.

Bon après, y a tous les secrets que j'aurais préféré ne jamais découvrir... Du genre "bonjour, je suis Unetelle, de la société Truc". Ne vous y trompez pas , Unetelle ne s'appelle aucunement Dominique Delcourt, ça c'est le nom bidon choisi par le centre d'appel pour que ça marche aussi bien pour les filles que pour les garçons. Votre intelocuteur/interlocutrice a 7 chance sur 10 de s'appeler Amina, Karim ou même des prénoms dont vous ne connaissiez même pas l'existence... J'ai trouvé ça hallucinant : c'est quelque chose d'entendu et de tout à fait assumé que si on a un nom à consonnance un peu trop exotique, il vaut mieux faire semblant de s'appeler Julien ou Céline si on ne veut pas se faire raccrocher au nez. Alors pas de discrimination dans le recrutement; tant que vous êtes bien né en France et que vous n'avez aucun accent bizarre tout va bien, mais surtout n'allez pas appeler les clients sous votre vrai nom, malheureux!!
Moi ça me paraissait tellement bidon de faire semblant de m'appeler Dominique que j'ai fini par reprendre mon vrai nom; j'ai bien tenté d'autres noms d'emprunt, mais aussitôt Dominique Delcourt revenait à l'assaut, un véritable automatisme, plus moyen de m'en débarasser!! A force de le voir écrit dans le script, je me demande si au prochain entretien d'embauche, je ne vais pas arriver en disant "Bonjour, je suis Dominique Delcourt, du magazine Réparation Atelier..oups!"

J'aurais cru aussi que quand on faisait de l'appel téléphonique son coeur de métier, on avait du matériel de pro... que nenni!! Un vieux casque type walkman, un micro intégré, un fil branché sous le téléphone, et vogue la galère! Et encore j'avais de la chance, j'avais un écouteur sur chaque oreille; le minimum syndical c'est un seul écouteur (sans doute pour mieux entendre le chef d'équipe qui se fiche royalement de te déranger en plein appel pour te dire "ouais, c'est bien, t'es déjà à la question 10 en 1 minute 20, allez...!"). Pitoyable...
Je n'oublie pas bien sûr le réseau qui saute toutes les deux heures: tout à coup, alors que la fiche de votre correspondant est sensée s'afficher sur l'écran, plus rien, ordinateur à 1 page par minute, et vous qui essayez de rattraper le coup "heu oui, donc, je vous ai déjà dit que je vous appelais pour le magazine Réparation Atelier..? " jusqu'au plantage fatal: "Excusez-moi, mon ordinateur a planté, on essayera de vous rappeler, au revoir monsieur!!"
C'est comme ça que les pauses ne se font plus en fonction du nombre d'heures passées à travailler mais en fonction des pannes de réseau. Vous aviez donné rendez vous à votre copain pour manger à 13h? Tant pis pour lui, le réseau plante à 12h15, obligation d'aller manger avant 13h15!

Est-il utile de vous dire que pour ce boulot, j'étais quand même payée deux fois plus que pendant mon stage...?
Au moins, je connais les vraies priorités de la société, comme ça...
D'ailleurs, à quoi va réellement servir ce questionnaire? Seul l'avenir nous le dira... Si vous voyez une grande enquête sur les réparateurs mécaniciens dans le prochain numéro de Réparation Atelier, surtout dites le moi! Ca me rassurera de savoir que je n'ai pas seulement servi à filer des infos à un vendeur d'enseignes Toyota ou Top Garage!

L'intello au 36e dessous...


Par L'intello du dessous
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Mercredi 21 décembre 2005

On parle souvent de ces demandeurs d'emploi qui ne veulent pas prendre n'importe quoi, qui n'acceptent pas les postes qu'on leur propose, qui ne sont pas assez mobiles, pas assez formés, ou formés dans des domaines qui ne sont pas vraiment utiles pour l'entreprise, etc... On va même jusqu'à les sanctionner; au deuxième refus d'une offre de l'ANPE, radiation!

Quand je pense qu'une amie juriste qui voulait se réorienter pour être institutrice (ce qui supposait déjà une perte de revenus pour elle et une prise de risque) s'est vu proposer une offre d'employée de cantine, je prie pour que le nombre de personnes à qui on propose ce genre d'emplois -en parfaite adéquation avec leurs compétences , soit dit en passant- soit le plus faible possible!

Mais on parle peu de la frilosité des employeurs. J'ai failli m'étouffer de rire en entendant parler d'un garage qui recherchait un mécanicien avec 10 ans d'expérience et se plaignait de ne trouver personne! La frilosité des entreprises, elle, se trouve dans la peur d'avoir à former un tant soit peu son personnel! Il n'y a pas assez de conducteurs d'engins, la belle affaire!! Si on ne demandait pas un diplome et 10 ans d'expérience je pense qu'on en trouverait plus aisément , non? Ca ne doit pas prendre des années à former, un conducteur d'engins, quand même!! Il paraît bien plus probable qu'on manque d'employeurs prêts à remplir leur obligation de formation!!Parce qu'il y a une obligation de formation, oui oui, je ne plaisante pas. Bien sûr tout le monde l'avait oublié, et qui ose encore demander les formations que son employeur ne lui donne pas, dans ce monde du « il y en a 10 qui attendent dehors pour ta place!! »?

Pourtant, niveau formation, certaines entreprises sont championnes! Il n'y a qu'à voir le nombre de stagiaires qu'elles forment par an! C'est extraordinaire, elles ne s'accordent pas un instant de repos entre deux jeunes à former... Oui, bien sûr, former, le mot est peut-être un peu fort quand on prend un étudiant de deuxième année d'école de commerce pour faire du démarchage téléphonique, ou qu'on livre son service informatique à un ingénieur en fin de cursus... D'ailleurs, elles sont curieusement extrêmement exigentes sur le niveau initial des jeunes qu'elles souhaitent former! Niveau bac+3 minimum, bac+5 souhaité, bilingue voire trilingue, autonome, rigoureux, organisé, ayant déjà plusieurs stages dans le secteur à son actif, on se demande presque ce que l'entreprise va leur apporter, à part la fameuse expérience tant réclamée par toutes ces entreprises qui ne trouvent pas chaussure à leur pied!!!

Et de culpabiliser les chômeurs par des annonces du genre «  x millions d'offres d'emploi par an ne sont pas pourvues!! » Il faudrait peut-être se pencher sur ce qu'on recherche dans ces offres d'emploi. A force de demander des moutons à 5 pattes, il se peut que les moutons à 4 pattes n'essayent même plus de postuler...

Peut-être aussi qu'il faudrait prendre en compte les envies légitimes de progression... Après 5 ans comme préparateur de commande, vous ne croyez pas qu'on peut légitimement avoir envie de monter un peu plus haut dans la hiérarchie? A quoi sert alors de demander dans les agences d'interim des préparateurs de commande, 5 ans d'expérience minimum exigée?? Je ne dénigre en rien les opérateurs spécialisés qui le restent toute leur vie, mais don peut comprendre que même en restant au SMIC on puisse avoir envie de varier un peu... Surtout que le jour où on aura réussi à automatiser les préparations de commande, on reprochera à ces préparateurs super expérimentés de ne pas être assez polyvalents....

 

Par L'intello du dessous
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Samedi 31 décembre 2005

Officiellement, un stagiaire ne travaille pas, il apprend. C’est en substance ce que Larcher a répondu à mes collègues de Génération Précaires lorsqu’ils lui ont demandé un vrai statut pour le stagiaire dans l’entreprise, inscrit dans le code du Travail.

 « Un stagiaire ne travaille pas, il apprend… » Ok, je reconnais que c'était le but de départ, mais j'ai comme l'impression que de l'eau a coulé sous les ponts depuis...

 

Un stagiaire, aujourd'hui (en dehors des stages de découverte de l'entreprise) travaille bel et bien. Bien sûr il apprend aussi, mais pas forcément dans une mesure plus élevée qu'un jeune embauché qu'on forme au début de son travail.

 

Ce n'est pas parce que les entreprises veulent de plus en plus des gens immédiatement productifs qu’il faut oublier qu'elles doivent normalement former les travailleurs qu'elles embauchent. J’ai même entendu dire que des anciens de ma promo avaient eu 6 mois de formation en entreprise après avoir été embauchés !! Vous imaginez ?? 6 mois à ne pas être productif et à être payé à un salaire d’ingénieur !! On croit rêver… Il paraîtrait même que dans l’entreprise, on a droit à des jours de formation, et qu’on est payé le même salaire que d’habitude pour aller à des stages où on apprend vraiment quelque chose !! De quoi faire rêver beaucoup de stagiaires, à qui on continue de dire qu’ils ne travaillent pas et qu’ils n’ont pas à réclamer de salaire, et ce même s'ils sont les seuls à mettre à jour les documents qualité de l'entreprise qui lui permettront plus tard d'arborer leur beau label ISO, ce même s'ils conçoivent le site internet qui permettra à l'entreprise d'attirer de nouveaux clients, ce même s'ils sont les seuls à savoir se servir efficacement et rapidement d'internet pour trouver un renseignement... enfin, passons, comme d'habitude je me laisse emporter par mes souvenirs de stage et l'amertume me revient!

 

 

Revenons à notre formation: dans le cas d'une embauche, les entreprises forment le salarié pour en tirer profit quand il deviendra pleinement opérationnel ; dans le cas du stage, elle n'a peut-être pas le temps d'en tirer pleinement profit, ce qui à la limite justifierait qu'elle ne le paye pas à un salaire plein. Mais quand elle l'embauche à la fin du stage ou après la fin de sa formation, elle est bien la bénéficiaire de cette formation qu’elle lui aura donné en stage... au départ, c'est comme ça que les stages devaient être un tremplin vers l'emploi ; la formation de début de contrat se déplaçait vers la période de stage et l'entreprise avait un avantage à embaucher un ancien stagiaire par rapport à un inconnu… Si de plus en plus d’entreprises trouvent que finalement c’est aussi bien de faire tourner des stagiaires sur un poste au lieu de garder la même personne, c’est peut-être que la « formation » dispensée ne prend pas tant de temps que ça , et que le stagiaire est opérationnel plus vite qu’on ne croyait.. non ? Peut-être même que le rapport formation/travail apporté est largement en faveur de l’entreprise. Enfin, moi, je dis ça, c’est juste parce qu’on m’avait appris que les entreprises recherchaient la rentabilité, n’étaient pas philanthropes et faisaient rarement exprès d’avoir un mode de fonctionnement complètement ruineux… Franchement, avoir la moitié de son effectif en stagiaires, si vraiment ce ne sont que des gens qui ne travaillent pas et qui coûtent du temps de formation à l’entreprise, je ne comprends pas que ces boîtes ne coulent pas plus vite !! Dans Capital on en voyait même une qui avait l’air de s’en sortir pas mal comme ça ; elle pouvait vendre ses prestations beaucoup moins chères que ces concurrents… sans blague !

  

 

En tout cas, dire qu'un stagiaire ne travaille pas DU TOUT, et ce dans tous les cas, c'est du fouttage de gueule vis à vis de tous les stagiaires, M. Larcher ! (d’ailleurs, heureusement que je n’étais pas dans la délégation, je crois que j’aurais claqué la porte, personnellement !!!). Il y a quantité de stages où le jeune travaille réellement et apporte un bénéfice à l'entreprise (on a tous fait ce genre de stages et on en connaît tous). La preuve, c’est qu'avec mon bac+5 ingénieur et mon mastère spécialisé on m'appelle encore pour des stages, et que visiblement on est embêté que je dise non (eh oui, y a pas beaucoup de vraies formations qui font des stages en janvier…). On ne s'offusque pas que je demande un CDD (sous entendu, "oui oui c'est tout à fait un travail qui pourrait être donné à un vrai salarié") mais bien sûr c'est impossible pour des raisons de budget (sous entendu "ce qu'on veut, c'est quelqu'un qui nous fasse du bon travail, mais qui ne nous coûte pas grand chose"). Alors si les ministres persistent à croire que les stagiaires ne travaillent pas, c'est qu'ils sont sur leur nuage et on est là pour les aider à en descendre.

 

 

  

Sur un autre plan, je continue à penser que tant que le stage se fait sur les périodes de vacances des étudiants, il ne doit pas être un facteur d'appauvrissement par rapport à des boulots alimentaires. Sinon, l'inégalité est criante entre ceux qui peuvent faire des stages intéressants à mettre sur le cv sans être payés et ceux qui seront obligés de se rabattre sur des jobs alimentaires parce que c'est pour eux le seul moyen de financer l'année suivante. Et je ne parle même pas des stages obligatoires (là, je pense que c'est aux universités et écoles d'intervenir pour que la rémunération soit au moins DECENTE! )

 

 

 

Donc M. Larcher est fier de nous présenter l'élaboration de sa nouvelle charte... signée par : le ministère de l'éducation nationale, le ministère du travail, et les syndicats patronaux...

En tous cas, leur charte ne peut pas être sérieuse à partir du moment où ils oublient complètement les organismes de formation. A ce que je sais, ce n'est pas le ministère de l'Education Nationale qui a décidé que les écoles de commerce pourraient décider de faire des années de césure! (ok, faut que je me renseigne...)  Donc leur charte sera bancale puisqu'elle ne sera même pas signée par les principaux responsables de l'accroissement du nombre de stages, à savoir les Grandes Ecoles. Ok, je m'avance en disant ça, mais ce qui est sûr c'est que si elles ne s'engagent pas à cesser de demander toujours plus de stages obligatoires, les universitaires continueront de suivre leur mouvement et les CV avec 10 stages deviendront la norme! Quand j'ai commencé, tout le monde croyait sincèrement qu'il était interdit de faire des stages de plus 6 mois. Les grandes écoles de commerce sont arrivées par là dessus, et ont instauré le top de la concurrence déloyale pour trouver un premier emploi: l'année de césure!! Moi, bêtement, je croyais qu'on autorisait les élèves à aller travailler un an en entreprise avant leur dernière année.. Après tout, pourquoi pas; c'est vrai que les études c'est long et que ça fait pas de mal de remettre les pieds dans le monde réel pendant un moment entre deux années... Il a fallu que Génération Précaire apparaisse pour que je m'apperçoive que non, l'année de césure n'est pas une année de travail mais une année de stage!!! Explosés les 6 mois (qui n'avaient rien de réglementaires mais qui étaient au moins communément admis). Voilà la porte ouverte aux stages de fin d'études de 12, 18 voire 24 mois, soyons fous!!  Bien sûr l'école de commerce, elle , n'accepte pas ça pour ses propres élèves (eux, ils doivent pouvoir montrer qu'ils ont été embauchés moins de 6 mois après la sortie, c'est la réputation de l'école qui est en jeu!!) mais pour ceux qui rament derrière, les "petites grandes" écoles, les facs, les DESS, masters, etc... Le seul moyen d'avoir l'air de quelque chose face à un "jeune diplomé" avec 2 ans d'expérience, c'est de faire un stage de 24 mois en fin de cursus!! voire deux de 12 mois, voire 4 de 6 mois... voire de faire des stages jusqu'à plus soif, jusqu'à se rendre compte qu'on l'aura jamais, le vrai boulot , et qu'on ne nous propose plus que des stages!!!

Donc bon, le ministre de l'éducation nationale, le patron du medef et tous ses potes pourront toujours signer une charte, je ne suis pas sûre qu'on soit vraiment en phase avec le problème, là...

Un peu de sérieux , M. Larcher!!

 

 

 

 

Nous avons besoin que le stagiaire ait un STATUT dans l'entreprise, c'est le problème que nous dénonçons depuis le début, et la charte ne résoudra pas ce point crucial. On ne peut pas continuer à considérer qu'un stagiaire est élève d'un établissement alors qu'il n'y va quasiment jamais, qu'aucun prof ne s'en préoccupe sauf dans de rares cas pour lire le rapport de stage, qu'aucun lien sérieux n'est fait entre le maître de stage et l'établissement d'enseignement, etc. Continuer à dire que le stagiaire est élève dans les situations auxquelles on assiste aujourd'hui, c'est du n'importe quoi! Le stagiaire se retrouve à n'être ni étudiant ni travailleur, c'est à dire qu’il est clairement dans une situation où il ne sait plus vers qui se tourner en cas de problème. Seule une loi qui lui donne un statut dans l'entreprise peut régler ça.

PS: cette diatribe n'est que la mienne, je ne parle pas ici au nom de Génération Précaire, qui est un collectif démocratique où les positions sont discutées avant déclaration.... à voir sur http://www.generation-precaire.org

 

 

 

 

Par L'intello du dessous
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Jeudi 2 février 2006
En matière d'insertion des jeunes diplomés, je n'ai pas l'impression que les CNE/CPE amélioreront quoi que ce soit. Les offres de stage ont déjà remplacé les offres pour jeunes diplomés. Et les stages seront toujours moins chers que les CNE ou CPE.
Ce n'est pas la peur de ne pas pouvoir se séparer d'un salarié qui pose problème, sinon on se verrait au moins proposer des CDD, c'est simplement qu'on estime qu'un jeune ne vaut pas un "vrai" salaire... En fait, de plus en plus, on estime que personne ne vaut un "vrai" salaire, mais on ne peut plus agir sur les salaires de ceux qui sont déjà embauchés en CDI et qui ont accumulé de l'ancienneté dans des périodes plus fastes; alors on essaye de se rattraper sur ceux qui ne sont pas encore embauchés.
Les jeunes ne sont pas responsables des situations où les employeurs se sentent pieds et poings liés par un CDI (certains en arrivent même aux extrêmités de la mise au placard, du harcèlement moral pour amener un salarié à démissionner). Mais ce sont les jeunes qui en paient les frais. Et les CDI qui "encombrent" les employeurs au point de leur faire avoir en horreur l'idée d'embaucher, je ne pense pas qu'il s'agisse en majorité de CDI datant de moins de 2 ans.
Alors non, je ne pense pas que le CNE ou CPE change quoi que ce soit.
Les jeunes, indépendemment de leur motivation et de leur valeur, continueront à faire les frais de ce que les employeurs considèrent comme des entraves à la liberté d'entreprendre (à savoir ce qu'ils appellent "les lourdeurs du Code du Travail"). Tant qu'il n'y a plus moyen de dire "si vous ne me donnez pas des garanties pour l'avenir, j'irai voir si l'herbe est plus verte ailleurs", même le jeune le plus brillant et le plus prometteur ne peut plus se permettre de négocier quoi que ce soit.
Les stages ont pris trop d'ampleur, la notion de stage comme "première expérience en entreprise" a été trop dévoyée pour qu'on puisse revenir en arrière.
Les cabinets de conseil devraient manifester eux-mêmes contre les stages-missions à des prix défiant toute concurrence. Je ne compte plus les entreprises qui veulent se certifier ISO 9001 ou 14001 et qui font rédiger leurs documents par des stagiaires, ou qui font faire des pré-diagnostics par des étudiants. Mais ils ne le font pas, car parfois ils profitent eux-même de stagiaires pour développer leur activité, voire pour réaliser les études qu'ils n'ont pas le temps matériel de faire.
Bien sûr, il y a des ratés, des étudiants qui ne font pas un travail exploitable, ou qui passent leur stage à surfer sur internet sans aucun apport pour l'entreprise (souvent, ceux-là sont en stage obligatoire, n'ont pas trop peur pour leur subsistance et se disent qu'ils préfèreraient être sur la plage à dépenser l'argent de leur compte épargne alimenté par leurs parents depuis leur naissance...je le sais, j'en ai fait partie!) . Mais vu le peu d'investissement que demande un stagiaire - 17.5 euro par jour pour mon dernier stage à comparer aux 300 euro/jour (grand minimum) d'un consultant - on peut se permettre de griller  cette cartouche et de tenter plus tard avec un autre étudiant plus consciencieux.
J'ai même vu organiser des concours de mémoires de master dont on récupérait les dossiers pour les vendre aux entreprises des secteurs concernés, sans même que les étudiants en soient informés.

C'est ça la mondialisation; certains rêvent que tout le monde soit payé au prix d'un travailleur pakistanais. Enfin, surtout les jeunes prétentieux, les jeunes cons, les jeunes voyous, etc, etc. enfin tous ceux qui ont le malheur d'être encore jeunes. Et plus la classe d'âge dominante vieillit, plus les jeunes restent jeunes vieux. A 35 ans, on est encore jeune..pour que les 55 ans puissent se sentir dans la force de l'âge, que le président puisse ne pas se sentir vieux, et qu'on ne puisse plus se permettre de dire que les sénateurs et académiciens sont séniles.
Allongement de la durée de vie, étirement de l'adolescence des jeunes, encore forcés à 30 ans de demander les bulletins de paye des parents pour louer un logement, même quand ils ont un salaire eux-mêmes.
Quand je pense que j'ai voté il y a un peu plus d'un an sur un texte écrit par le mec qui était déjà président de la République quand je suis née, comment ne pas se dire que ce sont toujours les mêmes qui tirent les ficelles, et que ça n'en finit plus..? J'ai souvent trouvé que les jeunes qui m'entouraient étaient cons, alors je n'ai pas du tout envie de faire du jeunisme idiot, mais même quand je rencontre des jeunes qui ont des vraies qualités (et c'est le cas de ceux qui ont lancé le mouvement de Génération Précaire), la chose qui nous rassemble c'est l'impossibilité de se projeter dans l'avenir. Je trouve ça assez désespérant.
Par L'intello du dessous
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Vendredi 3 février 2006
On m'a fait suivre aujourd'hui ce texte, paru dans le journal d'une association d'une Grande Ecole de Commerce que je n'ai pas envie de nommer parce que ce qui est décrit est tellement commun à toutes les Grandes Ecoles que son nom n'apporte rien... Et vu que je connais la susceptibilité de certaines des personnes qui les dirigent, y enseignent, ou y sont élèves, je préfère ne pas avoir à discuter avec eux du caractère ironique et un peu méprisant de ce texte. Mais je l'ai adoré, alors je vous le livre, avec l'accord de son auteur, après des petites modifications d'anonymisation.

Qu’il est plaisant de voir tous les petits Etudiants en Ecole de Commerce, déguisés pour l’occasion avec plus ou moins de bonheur, arpenter d’un pas fiévreux la belle moquette bleu corporate qui recouvre les couloirs de l’Ecole. Les Forums Entreprises sont un moment d’émerveillement pour qui sait regarder d’un œil naïf.

Partout où se pose le regard, dans la marée bleu nuit des costumes et cravates parfois de mauvais goût, mais avec constance d’un conformisme triste, d’une résignation et d’une soumission ostensible, on peut observer ces mêmes joues tendres, ces mêmes espoirs, ces mêmes doutes et ces mêmes croyances, nimbées d’une vague odeur rance d’égoïsme rampant.

La plupart ont l’allure incertaine des marcheurs perdus. Même les plus arrogants, ceux qui se parent de leurs certitudes pour oublier qu’ils ne savent rien, ces étudiants là, le cou enflé comme des jabots trop rouges de petits coqs de très basse-cour, hésitent. Serai-je à la hauteur de mes ambitions ? Suis-je aussi bon que je prétends l’être ?

Ils doutent, et lorsque la lumière passe sur leurs visages, le reflet du reste du monde luit sur leurs traits encore enfantins. Car le drame est là. C’est l’ombre noire qui étend ses ailes sur ces carrefours, sur ce tremplin vers l’avenir comme dit le directeur. Le reste du monde est là qui attend, veille, observe, grouille dans les coulisses des horizons forcément lointains.

Comme la logique libérale était rassurante tant que l’on était persuadé d’être les meilleurs. La compétition mondiale ? Pas de problème ! Tant qu’elle ne touche que la piétaille non qualifiée. Mais l’intégration économique s’est poursuivie inlassablement, avec ce rien d’obstination lente qui fait la véritable essence des forces inéluctables. Et aujourd’hui, un Etudiant en Ecole de Commerce dans un Forum Entreprise, c’est un apprenti manager, le cerveau plein de rêves décrépis d’une ancienne bourgeoisie en fin de règne, le ventre légèrement arrondi par trop de bières, l’œil un peu cerné de trop de fêtes étudiantes, et le cerveau un peu mou d’avoir trop peu réfléchi ; parce que bon, on a déjà travaillé en prépa, quand même ! Et ce jeune égaré se sait en compétition avec des milliers d’étudiants de Chine, d’Inde, du Japon ou des Etats-Unis, qu’il suppose mieux formés et plus travailleurs que les nantis bouffis d’orgueil de son école.

La haine de soi francophobe distillée par les media, cette chanson sans fin du Déclin, le jeune s’en est fait l’écho, jusqu’à douter de lui-même. Car après tout, malgré tout ce qu’il prétend et pense, il est français jusqu’au bout de ses ongles. Et que vaut un petit Français dans le monde des Chinois et des Indiens ?

                                                                      J.L.

Par L'intello du dessous
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Mardi 21 février 2006

Lors de son point presse du 13 décembre 2005, Laurence Parisot s’est exprimée en ces termes à propos du Contrat de transition professionnelle:

 

« Nous sommes très choqués de cette annonce. On ne peut pas d’un côté appeler au dialogue social […] et, tout à coup, faire sortir une nouvelle forme de contrat sans en avoir parlé auparavant aux partenaires sociaux »

Pourquoi le MEDEF n’est-il pas autant scandalisé par le CPE, qui n’a pas plus donné lieu à un véritable dialogue social avant d’être imposé ?

Par L'intello du dessous
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Mercredi 22 février 2006

Dans le rapport de placement de la promotion 2004 de la Grande Ecole HEC, on peut lire la phrase suivante :

« Un premier emploi trouvé de plus en plus tôt : moins de deux mois après leur sortie pour près
de 83% des diplômés»

 

 

C’est plus qu’encourageant ! On se dit que si 83% des diplômés trouvent en moins de deux mois, c’est évident qu’au bout de 6 mois, tout le monde est sûrement casé !

 

Mais à la page suivante apparaît la situation des diplômés… Et voilà qu’on apprend que seuls 68% des diplômés ont en fait trouvé un emploi 6 mois après la sortie de l’école. Interrogations…

 

Environ 27% ont choisi de poursuivre leurs études, de faire un VIE ou d’accomplir un projet personnel (voyage, etc..). Bon, c’est vrai ils ont bien le droit…. Mais quand même, 4.6% sont encore à la recherche d’un emploi au 15 mars 2005…

 

83% des jeunes diplômés ayant trouvé un emploi 6 mois après leur sortie ont mis 2-3 mois à l’obtenir. Pour faire partie de la statistique, il faut déjà faire partie des chanceux qui sont en poste six mois après le diplôme !

 

Faisons le calcul : 448 diplômés, 305 en poste 6 mois après la sortie de leurs études, 21 en recherche d'emploi.


Parmi les 326 jeunes diplômés d’HEC qui ont cherché un emploi à la sortie de l’école, 21 n’ont pas encore trouvé 6 mois après la sortie, soit un taux de chômage de 6.5% pour celle qui se vante d’être la meilleure école de commerce de France. De plus, on lit que les CDI concernent 88.2% des diplômés pris en compte, ce qui représente 269 personnes, soit seulement 60% des diplômés.

 

Je n’aime pas particulièrement jouer avec des chiffres comme ceux-là, ils font peu de cas des situations individuelles (recherche d’un poste hyper précis ou refus de salaires inférieurs à 40k€ par an, retraite dans un monastère pour se reconstruire de la désillusion de ne pas avoir trouvé de travail dans les deux mois et qui sera alors comptabilisé comme projet personnel, …) Les humains se rangent difficilement dans des catégories… Cependant, si on souhaite faire le miroir de la vision idéaliste des chiffres annoncés, on peut dire que :

 

-20% des jeunes diplômés d’HEC ont jugé que leur formation n’était pas suffisante pour entrer dans le monde du travail

 

-Près de 5% sont au chômage 6 mois après la sortie de l’école

 

-6.7% sont en contrat a durée déterminée de moins de 2 ans à l'étranger, dont la rémunération, trop faible sans doute, n'est pas prise en compte dans les salaires annoncés

 

Si on voulait être aussi manipulateur que la phrase d’accroche qui annonce que 83% des jeunes diplômés trouvent un travail en moins de 2 mois, on pourrait dire que:

6 mois après leur sortie de l’école, 40% des diplômés d’HEC n’ont pas d’emploi fixe


Là, ça fait un peu plus mal, non ?

 

C’est par des manipulations de chiffres comme celles là qu’on fait croire que faire une grande école amène à la réussite assurée ! Mais me direz-vous, si on n’est pas assez intelligent pour décrypter ces chiffres, c’est qu’on ne mérite pas vraiment de faire partie de l’élite de la nation, et qu’on ne doit donc pas se plaindre ensuite d’avoir été trompé sur la marchandise… C’est comme ça d’ailleurs que j’ai tu si longtemps mes difficultés..la honte !!!


 

Pour voir le rapport de placement officiel:

http://www.hec.fr/hec/fr/ecole/documents/Rapport_de_placement_HEC_2004.pdf

 

 

PS: D'ailleurs, maintenant que j'y pense, je trouve ça gonflé de donner un salaire annuel pour des gens qui ont effectué au plus 6 mois dans leur entreprise, sachant que la période d'essai pour un cadre est souvent de 3 mois renouvelables... On extrapole, mais finalement on ne sait pas combien seront encore au même poste un an après leur embauche...



Par L'intello du dessous
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