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Soutien

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Comme une machine qui consommerait un maximum de pétrole uniquement pour entretenir sa surchauffe, l'intello du dessous consomme un maximum de facultés intellectuelles pour entretenir sa capacité à surmener son cerveau... en pure perte. Un pur produit de la société de surinformation dans laquelle on patauge...

Aujourd'hui j'ai décidé que tout ça allait sortir, et que je ferais connaître à  d'autres cerveaux surmenés et improductifs le chaos de mes pensées. Ca me fend un peu le coeur d'ajouter au flot d'informations inutiles qui circulent sur le net, mais il paraît qu'un être humain doit s'exprimer pour vivre, il paraît qu'il faut partager ses pensées pour qu'elles ne restent pas vaines. Alors bien sûr, cette décision tiendra jusqu'à ce que la somme d'informations que j'ingurgite chaque jour ne submerge la ressource mémoire où est née l'idée de ce blog, mais ne désespérons pas. Peut-être que le Bouddha qui veilla sur mon berceau me donnera la faculté d'entretenir mon jardin...

 

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22 juillet 2006 6 22 /07 /juillet /2006 13:46

Allez tant qu'à faire, je mets l'article en lecture ici. Je voulais pas trop parler de cet article parce que c'est déjà traumatisant de me dire que c'est paru dans un journal plutôt considéré (oui je sais, je me la joue terrorisée alors qu'à côté de ça, je suis passée à la radio et à la télé pour représenter Génération Précaire, mais c'était pas moi, c'était une stagiaire masquée... L'intello du dessous, elle en dévoile plus sur elle quand même... ).

Mais bon, ça me fait quand même plaisir de mettre un chouette article ici, même si je sais qu'il y a plus de chance qu'on arrive sur mon blog à partir du Monde Diplo que je n'ai de chances d'envoyer des lecteurs en sens inverse. Et en parlant de ce lien affreux qui m'envoie des lecteurs intelligents, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais je me suis installé un compteur en bas de la page, histoire de me faire encore plus peur... non, je ne suis pas tout seule sur mon blog en ce moment...!!! (gloups)

Le paradis sur terre des intellos précaires

par Mona Chollet, Le Monde Diplomatique, mai 2006

« Je suis une intello du dessous. De ceux qui grillent des neurones, qui lisent des gigaoctets de livres, de magazines, de pages web, de tracts, de pétitions et n’en ressortent jamais rien. Comme une machine qui consommerait un maximum de pétrole uniquement pour entretenir sa surchauffe, l’intello du dessous consomme un maximum de facultés intellectuelles... en pure perte ! » Tel est l’amer constat qui s’affiche sur le blog (1) tenu par Séverine, diplômée parisienne de 28 ans ballottée entre stages, revenu minimum d’insertion, intérim et chômage. Un sentiment de relégation qu’Alexandre (2), 27 ans, journaliste pigiste (3) et auteur d’une thèse sur l’écologie publiée par une grande maison d’édition, ne comprend que trop bien. S’il reste impuissant à faire fructifier ses idées, d’autres, cependant, ont parfois la délicatesse de s’en charger à sa place : « Il y a les rédacteurs en chef qui, quand on leur propose un sujet d’article au téléphone, répondent : “Très intéressant, pouvez-vous m’en dire plus ?” Et, quinze jours plus tard, on retrouve son sujet dans le journal, traité par un salarié... »

Ils sont ainsi des dizaines de milliers à hanter ce qu’Anne et Marine Rambach, dans Les Intellos précaires (4), ont appelé les « banlieues de l’intelligentsia ». Avec eux, le procédé journalistique classique consistant à recueillir des témoignages, puis à les faire analyser par des « experts », s’avère inapplicable : dotés de tous les outils théoriques nécessaires, habités d’un vif intérêt pour la marche de la société en général, ils sont des analystes très compétents de leur propre situation – d’autant plus que certains ont l’habitude de travailler sur la précarité : un magazine comme Les Inrockuptibles, notamment, qui a trouvé là un créneau éditorial jeune et branché, fait réaliser ses dossiers par des légions de pigistes payés au lance-pierre, voire pas payés du tout. Quant à Anne et Marine Rambach, qui ont la trentaine, elles sont elles-mêmes des « intellos précaires ». Ce qui, d’après elles, caractérise ces derniers, c’est qu’ils sont « issus des classes sociales favorisées ou ont accédé à un “capital symbolique” qui est celui des classes “élevées”, mais qu’ils partagent la condition et les revenus des classes sociales défavorisées ». Leur apparition était prévisible : lors du recensement de 1999, on comptabilisait 38,2 % de diplômés du supérieur pour la tranche d’âge des 25-30 ans, contre 7,8 % parmi les plus de 60 ans.

Dans un contexte économique sinistré, on ne voit guère par quel miracle ces jeunes diplômés auraient pu échapper au lot commun. Cependant, le phénomène est encore difficile à faire admettre : dans les mentalités, un haut niveau de culture – parfois doublé d’une certaine reconnaissance professionnelle – reste synonyme de sécurité matérielle. Cette confusion entre gratifications symboliques et financières fait le bonheur des employeurs : « On me propose le plus souvent de travailler gratuitement, en me disant que ça me servira pour plus tard, raconte Alexandre. Mais ça commence quand, “plus tard” ? » Un réalisateur vient de lui confier des recherches pour un documentaire en projet. Il s’est mis au travail hors de tout cadre formel : « Nous n’avons pas encore parlé d’argent », avoue-t-il. Dans des sphères où l’on a des préoccupations aussi élevées, difficile, en effet, de réclamer son dû sans avoir le sentiment d’être un imposteur cupide dévoilant soudain son vrai visage.

Et pourtant... Les intellectuels n’étant pas de purs esprits, leur précarité ressemble souvent à celle du reste de la population. « Je prends tous les boulots qui se présentent, dit Lionel Tran, 35 ans, qui anime à Lyon une structure de microédition, Terre Noire. Des vacations à la fac, des ménages, des ateliers d’écriture... Ma compagne et moi avons la chance d’habiter un appartement bon marché ; il y a quelque temps, le propriétaire a changé : nous avons été terrifiés pendant plusieurs jours à l’idée que notre loyer puisse augmenter fortement, ou que nous puissions être mis à la porte. C’est une vie sur le fil, qui peut basculer au moindre accident. » L’écrivain Yves Pagès, qui a très tôt rendu compte dans ses livres de l’hybridation croissante des parcours professionnels (5), travaille dans l’édition. Il y croise des stagiaires qui, dit-il, font parfois « les trois-huit à eux tout seuls » : « Les uns distribuent des tickets de péage à 2 heures du matin sur une autoroute à 40 kilomètres de Paris, les autres sont caissiers de supermarché... »

Alexandre s’inquiète à l’idée que l’on découvre, en entrant son nom dans un moteur de recherche, qu’il fait « des choses qui n’ont rien à voir », mais aussi qu’il revendique des prises de position politiques. Ceux qui, comme lui, n’ont pas recours aux pseudonymes se font rares ; pour ne pas dire par quels expédients on assure sa survie, ou pour dissimuler des activités militantes qui pourraient effaroucher un employeur, le cloisonnement s’impose. Grite Lammane, 30 ans, qui collabore bénévolement, sous ce nom, au mensuel CQFD, vit de piges et de travaux de réécriture, exécutés sous un autre nom... qui n’est pas non plus le vrai. « Les gens qui me paient ne souhaitent pas forcément que leur structure soit associée à d’autres de mes activités ; d’ailleurs, si je faisais tout sous mon vrai nom, ils penseraient que je suis complètement incohérente. Je ne donne mon vrai nom que pour ce que je peux défendre auprès de tout le monde sans devoir argumenter pendant des heures. » Masques blancs des stagiaires en révolte, pseudonymes, témoignages anonymes : toute une population à la merci du qu’en-dira-t-on hiérarchique semble condamnée à la semi-clandestinité et à la guérilla idéologique. « Une situation saine voudrait que les nouveaux arrivants soient porteurs de certains conflits avec leurs aînés, remarquent Anne et Marine Rambach. Or ce n’est pas du tout ce qui se produit. Un chercheur précaire va se conformer aux idées de son directeur de laboratoire, puisque son gagne-pain en dépend. » On trouve ainsi des chercheurs en sciences sociales qui, travaillant à titre précaire pour la Commission européenne, contribuent à justifier la généralisation des politiques de précarité (lire « Au Royaume-Uni aussi »).

Sans même parler d’engagement politique, le simple statut d’intellectuel peut suffire à susciter la méfiance. Yves Pagès en revient à ses stagiaires : « Beaucoup sont des passionnés, qui ont monté des structures de microédition, des revues... Dans les maisons d’édition, souvent, on les regarde de travers. Les postes-clés y sont tenus par des personnalités issues des divers courants de Mai 68, arrivées là au terme de parcours aussi riches que désordonnés ; leur discours, c’est : “On a connu, c’était fantastique, mais c’est fini.” Dans la génération suivante, ils ont donc choisi de ne voir, et de n’embaucher, que les frais émoulus des grandes écoles, formés au réalisme économique – une évolution semblable s’est produite à Libération, d’ailleurs. On trouve ainsi quantité de commerciaux rhabillés en éditeurs, qui considèrent avec haine ces stagiaires à la tête trop bien faite. »

Les journaux les transforment en pigistes payés au lance-pierre, les universitaires les utilisent comme secrétaires, les auteurs les plus médiatisés s’attribuent le produit de leurs travaux.

Lionel Tran, lui non plus, n’en finit pas de remâcher ses griefs contre la génération des baby-boomeurs. Les derniers titres publiés par Terre Noire le disent assez : La fête est finie, Sous la plage, les ruines (6)... Mais il précise : « Ça n’a rien à voir avec la démarche écœurante de Technikart, du type “poussez-vous de là qu’on prenne vos places”. On aurait besoin de pouvoir inventer nos propres formes de contestation, sans devoir toujours rejouer la grande pantomime de Mai 68 ni verser dans le militantisme ludique, qui me fait vomir. » Il ne se remet pas d’avoir grandi avec des valeurs d’épanouissement personnel qu’il juge inadaptées à la dureté de l’époque : « J’avais 19 ans quand j’ai participé à mon premier projet de presse sur Lyon. Vingt ans plus tôt, au moins une de ces entreprises aurait pu se pérenniser. » Si les livres qu’il édite ne sont pas signés, c’est, dit-il, par rejet d’un « culte de l’ego » qu’il associe à la culture soixante-huitarde. Coïncidence ? Deux journaux alternatifs récemment créés, Le Tigre et Le Plan B, ont fait le choix des pseudonymes pour le premier, et d’articles non signés pour le second. Grite Lammane affirme elle aussi que l’usage des pseudonymes convient bien à sa préoccupation de « contribuer à une œuvre collective » : « Ça ne m’intéresse pas d’être identifiée. »

Elle-même, cependant, vit sereinement avec l’héritage de Mai 68 : « Je travaille le moins possible, parce que je veux donner le moins possible de temps et d’énergie à ce système. J’ai des revenus très faibles, que je compense par la débrouille et par un réseau d’entraide très dense. » Anne et Marine Rambach ont recensé dans leur livre les richesses sociales – du média alternatif (télévision, radio, site Internet...) à la cantine associative – produites par des intellos précaires hors du cadre économique. Séverine a vécu une prise de conscience politique au fil de ses déconvenues, et s’investit désormais dans plusieurs mouvements et associations : « J’ai découvert l’existence d’une autre société, à côté de la première. C’est ce qui m’a sauvée. » Bien qu’issue d’une famille qu’elle dit peu concernée par les bouleversements de Mai 68 – elle est fille d’employés –, Valérie, autre pilier de Terre Noire, diplômée de Sciences Po (Lyon), a quitté un emploi dans la communication pour se consacrer à la photographie et à l’édition. Aujourd’hui, la quarantaine venue, éreintée par dix ans de précarité, elle cherche par tous les moyens à réintégrer le salariat. Pourtant, elle avoue que, même si elle ne le dit pas dans ses entretiens par souci de « ne pas faire peur aux employeurs », elle aimerait mieux trouver un mi-temps, pour ne pas devoir abandonner tout ce qu’elle a construit ces dernières années.

Rien d’étonnant si les intellos précaires – tel Jean Zin, animateur du site Ecologie révolutionnaire (7) – sont les premiers à soutenir la revendication d’un revenu garanti, ou d’une protection sociale continue inspirée par le régime des intermittents du spectacle : ils s’entêtent à vouloir consacrer une part raisonnable de leur temps à des activités qui ont du sens, à la fois pour eux et pour la collectivité ; ce que le cadre économique permet de moins en moins. Un roman récemment paru, L’argent, l’urgence (8), met en scène une intello précaire qui, étranglée par les dettes, accepte un contrat à durée déterminée, et décrit par le menu l’horreur du monde de l’entreprise. Certains se sont indignés qu’on puisse critiquer le travail alors que tant de gens en cherchent désespérément. Commentaire de l’auteure, qui s’y attendait : « C’est un peu comme si on interdisait aux manchots de se plaindre, par égard pour les unijambistes. »

Mona Chollet
 

(1) vous y etes déjà :P

(2) Le prénom a été changé.

(3) Les pigistes sont rémunérés à l’article. Lire Lionel Okas, « Les journalistes aussi... », Le Monde diplomatique, avril 2004.

(4) Anne et Marine Rambach, Les Intellos précaires, Hachette, coll. « Pluriel », Paris, 2002.

(5) Yves Pagès, Petites Natures mortes au travail et Portraits crachés, Verticales, Paris, 2000 et 2003.

(6) www.editionsterrenoire.co m

(7) http://perso.wanadoo.fr/marxie ns

(8) Louise Desbrusses, L’Argent, l’urgence, POL, Paris, 2006.

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commentaires

mickey3D 11/03/2008 16:03

 "il paraît qu'un être humain doit s'exprimer pour vivre, il paraît qu'il faut partager ses pensées pour qu'elles ne restent pas vaines."BONNE CHANCE

GuyDebordSayYeah 04/03/2008 13:29

Les commentaires! Je ne m'attendais pas à trouver une grosse crotte et une petite au bas de ton article. Tu ne mérites pas ça! ;)Il faudrait pouvoir partager la Terre en deux: une moitié pour les cons, une moitié pour nous. Parce que comment construire quelque chose avec des êtres aussi irréels mais pourtant si lourds?

L'intello du dessous 29/04/2008 23:36


Moi je m'attendais à pire :)
Comme quoi je suis vraiment pessimiste!!


Homo 4S 31/07/2006 23:12

Courage! ça va venir... en tous cas félicitations, on commence à parler de toi partou :)à bientôt

victor 24/07/2006 00:10

Salut,
je suis allé sur ton site suite à la lecture de l\\\'article du monde diplo (note: alors cela fait quoi d\\\'être fraîchement intronisée \\\"intellectuelle\\\" par la presse nationale?).

Tout d\\\'abord je te souhaite de trouver rapidement un emploi stable ou au moins un tremplin qui te permettra d\\\'envisager l\\\'avenir de manière plus sereine.

Ton témoignage me touche car j\\\'ai moi-même connu une période de chômage assez longue (passé un an de chômage on n\\\'est plus rien) et le RMI. Aujourd\\\'hui je suis passé de l\\\'autre côté de la barrière et j\\\'ai plus que jamais conscience de la valeur du mot travail. Ce qui est loin d\\\'être le cas pour bcp de mes collègues dont l\\\'incompétence et la démotivation au travail est une insulte pour tous ceux qui en cherchent désespérement. Il y a clairement une fracture dans la société, entre les \\\"insiders\\\" et les autres (jeunes, seniors au chômage, minorités). La rigidité de notre droit du travail ne contribue pas à changer la donne...

Mais il y a quand même des choses qui ne tournent pas rond dans notre société:
80% d\\\'une classe d\\\'âge au bac. Je sais qu\\\'il est classique de dire \\\"if you think education is expensive, try ignorance\\\", mais comme pour tout investissement, il importe de pouvoir calculer le retour. Or celui-ci est catastrophique en France... A quoi bon drainer des milliers de jeunes dans des filières universitaires Bac+2,3 voire plus sans aucun débouché sur le marché du travail? La structure de la société n\\\'a pas tellement évolué depuis 20 ans (il y a presque toujours autant d\\\'ouvriers), alors que le système éducatif a complètement dérivé en inculquant aux élèves cette peur/haine du libéralisme économique (France: pays de l\\\'OCDE (voire du monde) le plus méfiant vis-à-vis du libéralisme économique d\\\'après un récent sondage). Eh oui, le monde du travail c\\\'est un peu comme la Star Ac: bcp de diplômés, peu d\\\'élus (le plus souvent sur-diplômés pour leur poste). Heureusement les filières courtes Bac+2/technologiques deviennent séduisantes, mais cela ne suffit pas à combler les milliers d\\\'offres de l\\\'ANPE à pourvoir. Bah oui, aujourd\\\'hui aucun(e) jeune ne veut être boucher ou aide soignant(e) en maison de retraite (ça peut se comprendre), c\\\'est vrai, on est tellement bien avec la technologie, internet, etc. tant qu\\\'on n\\\'a pas à programmer soi-même (désaffection pour les sciences de l\\\'ingénieur depuis 10 ans...).
C\\\'est la France, et ses jeunes avec, qui vit dans une bulle aujourd\\\'hui. Telle cette jeune diplômée (secrétariat trilingue) qui s\\\'interrogeait sur le JT régional: \\\"c\\\'est un scandale, j\\\'ai fait un Bac + 3 secrétariat trilingue et je ne trouve pas de boulot! L\\\'Etat doit me trouver un boulot!\\\". Mais oui tiens, que fait l\\\'Etat? (à part gaspiller l\\\'argent des impôts et se faire dépouiller par les profiteurs...). Et la canicule, ça va encore être de sa faute cette année?...

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