Comme une machine qui consommerait un maximum de pétrole uniquement pour entretenir sa surchauffe, l'intello du dessous consomme un maximum de facultés intellectuelles pour entretenir sa capacité à surmener son cerveau... en pure perte. Un pur produit de la société de surinformation dans laquelle on patauge...

Aujourd'hui j'ai décidé que tout ça allait sortir, et que je ferais connaître à  d'autres cerveaux surmenés et improductifs le chaos de mes pensées. Ca me fend un peu le coeur d'ajouter au flot d'informations inutiles qui circulent sur le net, mais il paraît qu'un être humain doit s'exprimer pour vivre, il paraît qu'il faut partager ses pensées pour qu'elles ne restent pas vaines. Alors bien sûr, cette décision tiendra jusqu'à ce que la somme d'informations que j'ingurgite chaque jour ne submerge la ressource mémoire où est née l'idée de ce blog, mais ne désespérons pas. Peut-être que le Bouddha qui veilla sur mon berceau me donnera la faculté d'entretenir mon jardin...

 
Vendredi 28 avril 2006

Hier, une Charte des stages a été signée par l'Etat, les syndicats patronaux, les représentants de l'enseignement supérieur (Conférence des Grandes Ecoles, Conférence des Présidents d'Université, Conférence des Directeurs d'Ecoles et Formations d'Ingénieurs) et quelques syndicats étudiants.

http://www.recherche.gouv.fr/discours/2006/chartestagetudiants26avril06.htm

Dans un premier temps, il faut savoir que les organisations étudiantes n'avaient pas du tout été prévues comme signataires. C'était donc entre le gouvernement, les patrons et les dirigeants de l'enseignement supérieur que ça devait se décider.

Mais dans leur grande bonté, les ministères de l'Education Nationales et du Travail avaient invité les organisations étudiantes représentatives et Génération Précaire à participer aux réunions de travail... jusqu'à se rendre compte que finalement ça serait un bon coup de pub pour leur charte si des jeunes pouvaient la signer aussi. (la crise du CPE étant passée par là...)

Sans grand espoir, nous avons donc décidé de faire entendre la voix des stagiaires dans ces réunions. Malgré le peu d'ambition de départ d'un projet qui ne ménerait qu'à une déclaration de bonnes intentions, il fallait au moins que nous puissions pointer du doigt ce qui n'est rien d'autre que de l'emploi à bas coût, même dans les stages qui nous étaient présentés comme des modèles. 

C'est ainsi que nous avons pu voir des représentants de Printemps nous annoncer, très fiers, qu'ils avaient mis en place une véritable politique d'embauche des stagiaires, très similaire avec la politique d'embauche des salariés. La structure en question fait remonter les besoins aux personnes en charge du recrutement des stagiaires, qui font en sorte que les profiles des étudiants qui postulent soient en adéquation avec les exigences en matière de compétences des futurs responsables de stages. Les stagiaires sont souvent plutôt bien indemnisés (mais tout de même bien en dessous du SMIC) et il s'agit très souvent de stages longs. Ils soulignent aussi leur implication pour recevoir le plus possible les stagiaires de 3e qui effectuent leur première découverte de l'entreprise. Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.
En creusant un peu, on se rend compte qu'étant donné le nombre important de demandes de stages, ils sont le plus souvent attribués à des élèves de grandes écoles de commerce pour faire des études de marché, des benchmark, etc., des ingénieurs pour la  logistique ou les projets informatiques ou à des jeunes en formation dans la vente. Finalement, ce qui fait le succès de ces stages, c'est qu'ils offrent une véritable première expérience aux jeunes.
Là où ça coince, c'est quand je commence à dire que si les stagiaires répondent à des besoins exprimés, c'est bien qu'ils sont là pour effectuer un véritable travail qui sera bénéfique à l'entreprise. Léger malaise, on reconnaît que oui, en effet, il peut s'agir d'études qui ne pourraient pas être faites avec uniquement le personnel employé. Quand je commence à dire que des études de benchmark ou des études de marché ne sont pas données quand elles sont effectuées par des consultants, le représentant de PSA s'indigne; "Enfin, les exigences ne sont pas les mêmes!!". "Effectivement, les exigences ne sont pas les mêmes (quoique) mais il y a quand même une sacrée différence de coût, et on n'est pas à l'abri d'un excellent dossier effectué par un stagiaire, qui vaudrait largement le travail d'un consultant" C'est à croire qu'une fois le diplome en poche, un étudiant en école de commerce reçoit une grâce divine qui transforme son travail médiocre de stagiaire en travail de haute qualité de consultant, simplement parce qu'il serait passé du statut d'étudiant au statut de consultant. Je ne m'avance pas dans ce genre de considération, je me contente de signaler qu'entre rien et un travail de consultant aux prix du marché, il y a le stagiaire, et que le rapport qualité prix est nettement en sa faveur.


Dans une deuxième rencontre destinée à nous faire apprécier des bonnes pratiques de stages qui pourraient servir d'exemples pour rédiger les bonnes pratiques à conseiller dans cette charte, on reçoit une responsable et une enseignante d'un lycée hotelier, accompagnées de 4 élèves ayant réalisé des stages au cours de leur cursus de bac pro hotelier ou de BTS.
Le suivi des stages par le lycée paraît effectivement exemplaire, et l'élève qui vient témoigner d'un stage "qui s'est mal passé" a été visitée par quelqu'un de son école, malgré  le lieu éloigné où elle effectuait son stage (heureusement qu'il s'agissait d'une destination de vacances, soit dit en passant.... je ne suis pas sûre qu'elle aurait reçu la moindre visite à Camphin-en-Pévelle (59) ou à Sérémange-Erzange (57)... Où l'on apprend donc que même avec des professeurs qui prennent sur leur temps libre le temps d'aller visiter des élèves en stage, elle a passé quatre mois à faire des lits dans un petit hotel isolé en montagne, pour 260 euro mensuels. Son stage devait lui permettre d'apprendre en pratique le métier  de gouvernante, de découvrir l'accueil, la prise de réservations, la comptabilité d'un petit hotel, les différents aspects de la restauration, etc. Finalement, le patron de l'hotel aura eu à disposition une femme de chambre pendant 4 mois pour le quart du SMIC, sans charge sociale et avec pour seul coût le manque à gagner du à l'occupation d'une chambre dans son hôtel.. (heureusement que ce lycée au petit soin avec ses étudiants s'assure qu'ils aient un moyen de se loger à l'endroit où ils font leur stage). Ce qui m'a frappé également dans cette intervention de lycée hotelier, c'est la fierté avec laquelle la responsable nous annonçait que les élèves envoyés en stage avaient déjà une très bonne formations pratique et étaient employables. Ma question est: pourquoi les envoyer encore en stage s'ils sont employables?? Quelle est la monnaie d'échange avec le syndicat hotelier?? Il y a de quoi se poser des questions, que je n'ai pas posées sur le coup pour rester dans cette attitude "positive et ouverte" tant appréciée par les inspecteurs des deux ministères en charge du dossier.

Lors de la réunion de finalisation, j'ai eu le bonheur d'entendre que dans les Grandes Ecoles tout se passait très bien (malgré mes tentatives de dénonciation de l'obligation faite aux élèves de trouver seuls leur stage dans des délais peu conciliables avec un calendrier pédagogique chargé, l'impossibilité souvent faite de passer des entretiens pendant les périodes de cours pour s'assurer que le stage dans lequel ils s'engagent n'est pas un piège, les obligeant souvent à signer en catastrophe une convention que l'école regarde à peine avant de la signer). La partie signataire pour qui il serait sans doute le plus difficile d'appliquer la charte serait donc l'université... Trois guides des stages seront publiés avant la rentrée, afin de donner les informations aux trois signataires de la convention de stage , notamment sur les lois qui existent malgré tout sur les conditions de travail des stagiaires, les régimes de protection sociale (étudiants, les régimes) et tout le toutim. Bref, toute la responsabilité du contrôle de l'adéquation entre le stage et la formation suivie est portée sur l'organisme d'enseignement supérieur ,  le stagiaire reste et demeure un étudiant à part entière, et bien qu'il soit hors de question de considérer le stagiaire comme un travailleur, il est aussi hors de question de dire qu'il ne doit pas effectuer de taches productives pour ne pas supprimer l'intérêt du stage.

La boucle est donc bouclée, le contrôle est dans les mains de ceux qui en ont le moins les moyens (les grandes écoles, elles, ont les moyens, reste à savoir si elles en ont la volonté...).
Le stagiaire n'est pas un travailleur mais uniquement un étudiant, mais il travaillera quand même pour conserver un intérêt au stage.
La "gratification" n'est en aucun cas une rémunération, et la seule exigence de cette charte, est d'inscrire dans la convention dès le départ combien il est prévu de donner et sous quelles formes (jetons de caddie et remerciements compris, j'imagine...).

Et je parle ici de ce qui est inscrit dans la Charte, ce qui n'est pas exactement ce à quoi se sont engagés les signataires.

Ce qu'ont signé les organismes présents à la signature hier, c'est uniquement un engagement à diffuser et promouvoir la charte auprès de leurs membres...

Cautère sur une jambe de bois?? Je vous laisse faire la conclusion vous-même...




par L'intello du dessous publié dans : Génération Précaire
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Vendredi 21 avril 2006
Aujourd'hui j'ai envie de vous montrer les illustrations que Mline vient de mettre en ligne sur son blog, http://mline.over-blog.com .







C'est tout mignon, coloré, j'adore. Ca me donne envie de retourner en enfance...

Bon, d'ailleurs c'est ce que je fais un peu, en ce moment, à cause du jeu que mon copain m'a offert; vous savez, une histoire de petit monde où on croise des animaux, lancé à grands coups de marketing.... Alors je n'ajoute pas à la pub, mais je mets juste une image; ceux qui connaissent reconnaîtront :P



Ce qui me plaît bien dans ce jeu, c'est que la création de liens est aussi importante que d'amasser des richesses. D'ailleurs ça va ensemble. Pour se faire des amis, on envoie des lettres, on offre des petits cadeaux, petits ou gros ça n'a pas d'importance. Si on se la joue perso crispé sur son magot, on loupe des tas d'occasions de se faire offrir des cadeaux. Pas de richesses sans amis,  pas d'amis sans générosité. Y a un truc révolutionnaire dans ce concept de jeu.
Pour une fois on n'est pas dans la compétition, on n'a pas d'adversaires à dégommer.
On a un petit village à simplement entretenir pour qu'il soit agréable à vivre (on plante des arbres, des fleurs...) , un musée dont on alimente la collection avec ses découvertes personnelles (et là c'est du don purement gratuit, par simple amour des arts ou de la science!). Et on rêve de se faire des nouveaux amis dans d'autres villages.
Quand on joue à plusieurs sur la même console, on se partage les dettes de la maison, l'entretien du jardin, on ne cherche pas à voir qui est le plus fort, on participe juste ensemble.
Une espèce de rêve non?  Et pourtant tellement réaliste... On travaille pour rembourser les dettes de la maison, c'est pas utopiste non plus, tout ne nous est pas offert. Mais quand on arrive dans ce nouveau village, on ne nous laisse pas sur le trottoir en disant "trouve toi un CDI et après on verra si tu peux te loger"; juste on nous met une maison à disposition en nous laissant la possibilité de la rembourser à notre rythme. Les efforts faits pour aider les autres sont récompensés, et d'ailleurs le jeu est simplement inintéressant si on ne vit que pour soi. Le type qui nous emploie au début et qui nous a fait construire la maison nous impose d'aller d'abord rendre visite au maire, puis à tous les habitants de la ville. Il nous inculque quelques notions de savoir-vivre ensemble en quelque sorte. Et on en ressort gagnant!!
Bien sûr, tout ça n'est possible que parce qu'on est dans un environnement superbe, non pollué, cela va sans dire. On vit des ressources que la nature nous apporte, mais on apprend aussi à ne pas bouffer toutes les pêches le premier jour, mais à en garder quelques unes pour replanter des arbres fruitiers. Une autre vision du développement durable.
On attend avec impatience les journées spéciales où la population du village va se retrouver pour faire un tournoi de pêche, ou de chanson...
On éteint la console avec l'envie de faire pareil dans la vraie vie, de créer des liens et de se sentir riche de ces relations.

Et c'est ce que j'ai fait hier en refaisant une réunion avec des membres du collectif Génération Précaire. Ca papote, ça polémique, ça travaille, ça se révolte, ça se déçoit quand on sent les motivations tomber sur certaines actions, mais qu'est-ce que ça vit! Et qu'est-ce qu'on s'enrichit mutuellement!

C'est vrai que du coup, j'éprouve moins le besoin impérieux de blogger pour parler de mes idées, parce que je trouve de l'écoute dans les gens qui m'entourent. Et qu'il est difficile de savoir si on m'écoute sur ce blog... Il y a des stats de visite, des commentaires, mais... c'est quand même différent d'une conversation en face à face, et je me sens nombriliste en venant raconter ici ma petite vie et mes petites pensées....






par L'intello du dessous publié dans : A lire, à écouter, à voir...
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Jeudi 13 avril 2006

Bon je ne peux pas laisser ce gros message de désespoir en plein milieu de mon blog comme ça...
Hier j'ai craqué j'ai chialé tout ce que je pouvais contre ce connard de psy qui m'a fait sa petite leçon de morale à deux balles sur le thème "Mais il n'y a vraiment pas une entreprise dans laquelle vous rêveriez de bosser? Elles ne sont quand même pas toutes pourries... C'est bien d'être idéaliste, la vie serait triste sans idéalistes, mais il faut aussi faire avec les réalités qui vous entourent, il y a bien un compromis possible". Jusqu'ici que du banal...
Là où j'ai eu envie de le tuer c'est quand il est parti en live sur la France, pays d'assistés, pays bloqué où rien n'est possible, que l'an prochain il sortait du système de la Sécurité Sociale parce qu' "ils le font trop chier". Et de se lancer sur l'attitude passive des gens qu'il a dans son cabinet, et "vous vous rendez compte, y en a qui repartent en disant "ah, je dois vous payer?" ils se rendent même pas compte que c'est aussi une activité commerciale etc etc"
Mais qu'est-ce que j'en ai à fouttre de son mépris pour ses patients, sérieusement? Pourquoi me raconter ça à moi? Et de me demander si j'ai jamais pensé à créer mon entreprise à Londres...
Mais je vous emmerde, je me suis déjà déracinée un millier de fois en espérant que ça serait utile pour ma carrière même pas commencée, il peut comprendre que j'ai pas envie de lâcher les relations que je me suis faites ici pour un hypothétique succès entreprenarial dans le merveilleux monde des hamburgers à 15 euro et des loyer encore moins payables qu'à Paris? 

Enfin bref, je m'épate toujours de ma capacité à me laisser détruire le moral par des donneurs de leçons dont je sais très bien qu'ils ne font même pas l'effort de comprendre ma situation avant de balancer leur bonne parole...

Tout ça pour dire que ce matin, le soleil s'est levé quand même, que ce crétin a perdu une cliente, ou plutôt patiente (très patiente même) et que c'est tant pis pour son business plan, qu'hier soir au retour de mon copain on s'est fait une vraie bonne petite bouffe (j'avais rien avalé de la journée) en rigolant et que ce soir je vais manger chez ma soeur que j'adore et que je vois jamais parce qu'elle fait la triple journée de toute mère de famille qui se respecte... et que ça ça me remet du baume au coeur...

Tout à l'heure on va amener notre livre à ce cher Premier Ministre (ou à un de ses sbires qui voudra bien nous recevoir) accompagné de notre pétition. Bon comme d'hab je ne serai pas "in" the cabinet mais dehors à faire l'horloge... Que de temps perdu en stage... Que de temps perdu pour avoir voulu faire passer une loi trop vite... Que de temps perdu avant de lancer une vraie discussion à l'Assemblée sur les stages... Rémunération pour les stages de plus trois mois; en attendant on dit à son estomac de se taire... Dans mon école, j'ai eu deux stages obligatoires dans des périodes ne dépassant pas deux et trois mois car le programme d'école d'ingénieur ne laisse pas plus de temps entre deux années scolaires. S'il est autorisé de ne pas indemniser ces stages (ce qui souvent se transforme dans la tête des gens qui nous prennent en "il ne faut pas rémunérer les stages de moins de trois mois" ) eh bien on pourra dans cette école bosser tout l'été en entreprise sans mettre un sou de côté pour l'année scolaire suivante.... Bonjour l'égalité des chances. Enfin heureusement elle se fait par le bas, l'égalité des chances, puisque même si on a plus de chances de trouver du boulot avec un diplome d'ingénieur, il arrive qu'on n'en trouve quand même pas; on est alors à égalité avec ceux qui ont fait la fac faute de moyens!
Et pendant ce temps notre jeunesse passe.... tic tac tic tac tic tac....

par L'intello du dessous publié dans : Moi et ma petite vie...
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Mercredi 12 avril 2006

Pourquoi est-ce que des ratés comme nous s'acharnent à rester en vie?
Pourquoi il n'y a plus de sélection naturelle?
Saleté de progrès, saleté de civilisation; avec mon manque d'instinct de survie, je devrais déjà être six pieds sous terre. Avec mon manque d'envie de faire avec la réalité telle qu'elle est, de suivre les règles telles qu'elles sont, si la sélection naturelle existait je ne serais déjà plus, et la question ne se poserait plus.
Mais pourquoi diable des gens s'acharnent-ils à me maintenir en vie?
D'un côté on me blame d'être idéaliste, de l'autre on me dit qu'on a besoin d'idéalistes, sinon la vie serait trop moche... Et la souffrance que je ressens, alors, on s'en fout? Je dois rester en vie juste pour faire plaisir à quelques personnes qui ont besoin de leur petite dose d'idéalisme tout en nageant comme des poissons dans l'eau dans un monde qui me révulse?
Il vaudrait mieux tuer tout idéalisme, ça serait le seul moyen de survivre, mais je peux pas m'y résigner. Je continue de souffrir connement... passivement comme dirait ce connard de psychiatre.
Mais pourquoi je me retrouve toujours en face de gens aussi cons?

par L'intello du dessous publié dans : Moi et ma petite vie...
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Vendredi 7 avril 2006
J'ai rencontré Mona Chollet il n'y a pas longtemps... Elle préparait un article sur les intellos précaires, et elle s'était retrouvée sur mon blog... Intriguée, j'ai cherché sur internet qui était cette journaliste et ce qu'elle avait bien pu écrire; je n'ai pas été déçue!

Voilà un petit passage choisi d'un article publié sur son site "Périphéries" ... C'était au moment des grèves de 2003 contre l'allongement des années de cotisation à la retraite, mais le mécanisme réapparaît à chaque mouvement social, et on a eu notre lot sur le forum de Génération Précaire, voire dans la bouche de mon ex chef de service; "moi aussi, j'en ai chié, et c'est normal, je ne vois pas pourquoi tu réclamerais de ne pas en chier autant que moi". J'avais l'impression que le fait d'être sorti de l'école en période de récession lui donnait tous les droits pour imposer la même pression et la même précarité aux plus jeunes que lui. 

Bref, voilà l'extrait:
J'en Chie, donc je suis

[...]
Sans relâche, le contempteur de la grève met en avant son propre supplice: il a trimé ou il trime encore comme un fou, pour un salaire ou une retraite dérisoire. Mais, alors que d’autres, dans le même cas, soutiennent le mouvement au nom même de cette vie de dur labeur, par désir de l’épargner aux nouvelles générations – prouvant par là que le travail n’a pas complètement eu leur peau, et qu’ils ont su fonder leur vie sur des principes positifs –, son raisonnement à lui est que, s’il en chie, il faut que les autres en chient aussi; sans quoi sa propre existence s’écroule. La souffrance, le sacrifice, sont l’alpha et l’oméga de son identité; ils lui confèrent la seule légitimité qu’il puisse imaginer. Son unique satisfaction en ce monde réside dans cette surenchère qui consiste à clouer le bec à son interlocuteur en se posant là comme celui qui en chie le plus. A ce titre, le mouvement social est pour lui un cadeau, un véritable festival: il lui fournit l’occasion d’invectiver tous ces "privilégiés", de leur faire honte en leur peignant le tableau édifiant des multiples avanies de son existence, auxquelles s’ajoutent si opportunément celles engendrées par la grève.

Pour lui,
le travail est un univers de substitution,
un bain-marie existentiel,
une climatisation mentale

En même temps, tout ça lui flanque une frousse terrible: lui, il croyait que c’était ça, la vie. Alors si, tout d’un coup, d’autres décident que ce n’est pas ça, et se mettent en tête de connaître un sort meilleur que le sien, il doit s’acharner à tout faire pour qu’ils échouent. Car, s’ils réussissaient, eh bien, il serait baisé, tout simplement. Preuve que, quelque part au fond de lui, il ne croit pas tant que ça à ce qu’on lui a inculqué: logiquement, si la souffrance et le sacrifice étaient le destin ultime de l’être humain, son propre état devrait le plonger dans la béatitude. Plus il avale de couleuvres et bouffe de vache enragée, plus il devrait s’épanouir, déborder de sérénité et d’amour universel, se sentir proche de la plénitude et de l’accomplissement. Or, ce n’est pas le cas, et cela trahit la contradiction interne de sa vision du monde. La seule issue qu’il lui reste alors est de souhaiter aux autres tout le mal de la terre, histoire de s’offrir au moins le plaisir de la vengeance – car il recherche le plaisir, lui aussi, quoi qu’il en dise; et un plaisir méchant, cela reste un plaisir. Une femme, sur le répondeur de "Là-bas si j’y suis", lançait aux journalistes de France-Inter, en substance: "Vous êtes payés pour vous cultiver, pour lire des livres, pour voir des films et en rendre compte après, et vous osez faire grève! Pensez un peu à tous les gens qui n’ont pas votre chance et qui font des boulots de merde! J’espère de tout cœur que ce gouvernement réussira à vous privatiser, ça vous apprendra!" Là encore, on ne voit pas en quoi la privatisation de France-Inter améliorerait en quoi que ce soit le sort de tous les gens qui font des boulots de merde. Mais c’est ainsi: le grand rêve du contempteur de la grève, c’est de niveler par le bas. C’est une société où chacun, au lieu de travailler à une amélioration de sa condition et de celle des autres, se résigne sans moufter à "l’extinction lente au fond d’une cave" (l’expression est de Jean Sur), et dépense toute son énergie à couper l’herbe sous les pieds de ses semblables, à qui il souhaite de toutes ses forces la même chose – ou, idéalement, si ce n’est pas trop demander, pire. Ah! les riantes perspectives, les horizons exaltants qu’un tel mode de raisonnement ouvre à l’humanité!

[...]

                                                                                            Mona Chollet

par L'intello du dessous publié dans : A lire, à écouter, à voir...
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