Ce soir, c'en était trop... Anniversaire du neveu, 4 ans, né le 11 novembre; eh oui, ça arrive... Au moins, son anniversaire tombera toujours un jour férié! Toujours?? Pas si sûr, vu la vitesse à laquelle les jours non travaillés disparaissent dans le monde salarié (... pendant que le nombre de jours de chômage augmente pour d'autres)
Enfin tout ça pour dire que ce soir, c'était l'anniversaire du petit, qui a eu droit à une boîte d'engins de chantier en plastique, un costume de Zorro, sans oublier le bidule éducatif électronique qui fait du bruit et qui ne l'a pas passionné très longtemps de toute façon...
Cette soirée fut rude, à plusieurs égards... D'abord les enfants; ils sont intenables! Il paraît que c'est normal, moi ce que je vois surtout c'est que les parents n'en peuvent plus... Le père en a marre de devoir faire l'éducation de ses mômes alors que lui-même aurait envie de dire des gros mots et sortir des blagues interdites aux moins de 18 ans; marre de jouer à "fais ce que je dis, pas ce que je fais", ça ne tient pas la route, c'est évident, il suffit de lire dans le regard du plus grand son incompréhension devant cette règle de la politesse à deux vitesses. Il est évident qu'il va comprendre que quand on est petit, on a le droit à rien, et que quand on est grand, on a droit à tout. Profonde injustice, qu'il nous fera sans doute payer à l'adolescence. Pendant ce temps, je me sens la méchante tata jamais contente, parce que je suis incapable de participer à la conversation des "grands" tout en écoutant le petit qui vient me montrer son super camion à rouleau compresseur. Pendant que je surveille du coin de l'oeil le petit qui joue avec sa cuiller et va bientôt m'envoyer une pluie de riz complet, j'entends ma mère parler de la guerre civile qui fait rage en banlieue, je tente de dire que quand même on n'en est pas à se tirer dessus et que s'il y a un réel désespoir social les américains ont beau jeu de nous présenter comme un pays à feu et à sang alors que leurs séries nous montrent chaque semaine qu'il est tout à fait banal d'arriver aux urgences avec des blessures par balles (réelles). Bref, la bonne vieille conversation du dimanche midi, pour une fois en avant-première le vendredi soir...
Après avoir écouté la liste des exigences du grand; trois enfants, une maison, un chien, un jardin, et ... une amoureuse, j'essaye vaguement de lui dire qu'avoir des enfants sans amoureuse c'est assez difficile et que son amoureuse aprécierait surement de passer après le chien dans ses priorités. Ca fait longtemps que j'ai rangé mon féminisme dans ma poche; de toute façon même Florent Pagny met sa femme entre son canapé et son frigidaire dans les biens que le méchant fisc pourrait lui piquer(1)...
Il faut s'y faire, les femmes sont des objets comme les autres; il y a deux jours, un collègue est entré dans le bureau que je partage avec mon maître de stage, il a dit "ah, tiens, t'as remplacé l'imprimante!". Il trouvait ça drôle... Moi, je savourais le bonheur d'être au moins à la place d'un objet utile; toujours mieux que de remplacer un pot de fleurs... quoique... J'ai aussi eu droit à ça pendant le déménagement de mon bureau, alors que je portais des cartons derrière mon maître de stage qui déplaçait ses pots de fleurs; "oh, des belles plantes suivies par une jolie fleur". Là aussi, j'aurais dû être flattée, il paraît... Bref, passons, je dévie du sujet...
C'est alors que débarque la soeur du beau-frère, exilée en Irlande où elle a enfin trouvé un salaire décent après avoir vainement tenté de faire valoir son DEA d'histoire , puis de devenir attachée commerciale en France. C'est alors qu'elle me demande si j'habite maintenant à Paris (ma vie étudiante m'a pas mal fait vadrouiller au gré des stages et des années Erasmus).
Choc.
Je viens de passer 24h chez mon copain, et je m'aperçois que mes parents qui repartent à 22h pour aller se coucher vont sans doute m'embarquer; couvre-feu. Et oui, je suis sensée habiter chez eux. Depuis que je ne suis plus "étudiante", j'ai perdu le privilège de me faire payer une chambre sur un campus, je dois regarder en face ma situation, mon adolescence qui s'éternise, mon échec dans mon envol vers mon indépendance... Et regarder tout ça en face, ça implique de reprendre la petite chambre d'amis dans l'appart de mes parents, d'y entasser les affaires que je pensais un jour installer dans MON appart, et d'accepter que ma mère soit scotchée sur l'ordinateur familial situé dans ladite chambre, voire assurer le soutien technique en cas de drame tel que modem non branché, fenêtre d'affichage trop grande pour l'écran (eh oui, le maniement de l'ascenseur, c'est tout un art!!), manque de papier dans l'imprimante...
Bref, le choc.
Alors qu'elle me pose cette question, je vois tout ça défiler dans ma tête, j'ai envie de pleurer, et je me contente de répondre; "oh non, moi, j'habite nulle part..."
(1): Florent Pagny, "Ma liberté de penser" "[...]Avec les interdits bancaires prenez ma femme, le canapé / Le micro onde, le frigidaire[...]"
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